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mardi, 13 février 2007

Comme un arrière-goût de complaisance...

Les journalistes de l’audiovisuel public se rebellent. Une quarantaine ont signé lundi un appel pour demander la tenue de « débats contradictoires » entre les différents candidats de la présidentielle. En ligne de mire : « Français, votez pour moi » sur France 3, « J’ai une question à vous poser » sur la chaîne privée TF1 mais aussi bien sûr « A vous de juger » sur France 2 qui fait la part belle aux interrogations directes de «vrais gens » distillés dans le studio. Heureusement, c’est sans compter sur la présence des journalistes qui permettent aux émissions de ne pas tomber dans la complaisance… Enfin presque.

Zoom sur le numéro de la semaine dernière dont Jean-Marie Le Pen était l’invité principal. Le candidat est invité, au début, à commenter des photos d’archives. Pour le leader de l’extrême droite, Arlette Chabot a dégainé une photo hautement compromettante de 1949 où l’on voit Le Pen mineur en Belgique. « Un petit air de Jean Gabin », attaque la directrice de l’information de France 2. En prime time, Le Pen se voit donc offrir sur un plateau un boulevard pour s’épancher sur sa vie de « petit pauvre » et nous rappeler ses premières sensations politiques : l’Indochine, la rencontre avec Poujade, son entrée comme plus jeune député à l’Assemblée nationale. Retord, Arlette Chabot lance : « 1956-2007, c’est pas mal comme carrière ! ». Le Pen la remercie.
 
Il poursuit le déroulé de sa vie en évoquant sa « maison de disque artisanal » qui ne l’a malheureusement pas rendu riche car elle n’était pas sur un « créneau très porteur ». La journaliste acquiesce. Et ne précise pas que la SERP  — c’est son petit nom – publiait des disques de chants de la Wehrmacht.

Arlette Chabot fait passer au quart de tour une photo de Le Pen à l’Assemblée mais s’attarde sur une troisième qui le montre en compagnie de ses filles. A celui qui a « une figure de grand méchant loup », elle demande : « êtes-vous un bon père ? ». Et surenchérit: « êtes-vous un bon grand-père ? ».
 
Après une quatrième photo – du 21 avril 2002 , l’émission prend un tour plus classique pendant un quart d’heure de questions-réponses sur le programme économique et  social. Arlette Chabot observe qu’elle ne voit pas en quoi le dirigeant du FN serait, comme il le proclame, « socialement de gauche ».

Viennent ensuite les questions des « vrais Français » dans le studio ou par webcams interposés. Les interrogations, quoique légitimes, laissent la voie libre au clientélisme populiste. Bien sûr, France 2 a prévu la parade en demandant au très médiatique Hamid Senni, auteur de « De la cité à la City », d’intervenir. Très vite, Le Pen l’interrompt pour lui demander s’il est Français ou étranger. « Français », répond-il. Etranger, rectifie le président du Front national lorsqu’il apprend qu’Hamid a la double nationalité franco-marocaine. Celui-ci bredouille, arguant qu’il n’a pas choisi, qu’on le lui a imposé. Mais Le Pen a le mot de la fin : « Que chacun se sente responsable dans le statut qui est  le sien ! ».

C’est ainsi que d’un plateau de télévision à l’autre, Jean-Marie Le Pen sème ses rengaines avec de moins en moins de contradicteurs à affronter. Et de parler désormais systématiquement, dans ses envolées xénophobo-lyriques, de Monsieur Bitru, nouvelle figure du Français moyen qui se voit doubler par des hordes d’étrangers pour l’acquisition d’un logement.

On l’aura compris, après des années infructueuses de mise à l’index qu’il a su retourner à son avantage, le Front national se voit « normalisé » voire humanisé dans les médias. Pas sûr que la banalisation d’un parti pas comme les autres dans le spectre républicain soit un meilleur rempart que la diabolisation…

 

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