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jeudi, 08 février 2007

Nicolas Sarkozy sait à qui il s’adresse mais nous, on ne sait plus qui parle

Quand Nicolas Sarkozy va au marché de Rungis ou dans une usine Alstom en Bourgogne, il parle à la France qui se lève tôt, à la France des ouvriers, la France qui travaille, la France qui en bave des ronds de chapeaux pour des clopinettes.


Alors quand Nicolas Sarkozy va à Toulon, ce n’est plus tout à fait la même chose, il doit parler aux militaires, aux anciens des colonies, aux harkis, aux rapatriés, aux électeurs qui avaient jadis porté à l’hôtel de ville un maire Front national. Mais troquer le bleu de travail contre la tunique bleu-blanc-rouge, tout comme jongler entre les casquettes de candidat et de ministre, ça ne le dérange pas vraiment. C’est vrai quoi, si on veut être le président de tous les Français, ou au moins être élu par une majorité d’entre eux, il ne faut pas être à ça près et être capable de se changer plus vite qu’un mannequin Dior lors d’un défilé haute couture.


Prenez sa visite à Toulon mercredi. Le candidat arrive en voiture à l’Arsenal. Une minute plus tard, son statut de candidat disparaît lorsqu’il se présente au pied de la passerelle de la frégate La Fayette, un bâtiment de la Marine française.

 

medium_toulon1.jpgLorsqu’il monte à bord, c’est en effet, le ministre de l’Intérieur qui prend le relais. Pour l’occasion, il est accompagné de Michèle Alliot-Marie, qui porte elle l’uniforme de ministre de la Défense. « La Frégate effectue des missions qui concerne ces deux ministères », nous explique-t-on sur place pour justifier cette visite de l’équipage qui chasse notamment le trafic de stupéfiants dans l’Océan Indien.


La visite commence par une tournée d’inspection des troupes. Serait-ce l’effet du roulis ou justement d’un problème d’ajustement de la casquette, mais tout n’est pas très au « carré » comme on dit chez les militaires. Michèle Alliot-Marie commence à partir sur sa gauche quand elle devrait passer en revue les troupes qui se trouvent à sa droite. Un officier la prend par le bras et la ramène dans le droit chemin. Sarkozy se retrouve derrière tout le monde au moment où les honneurs sont rendus. Un autre officier intervient aussitôt et mine de rien, lui fait de la place rapidement à côté de la ministre de la Défense.


medium_toulon4.2.jpgSur la passerelle de la frégate, ça se complique quand les journalistes sont autorisés à poser des questions. La journaliste de BFMTV demande à s’adresser au ministre des Cultes qui sommeille en Nicolas Sarkozy (oui, le candidat-ministre de l’Intérieur est aussi ministre des Cultes pour compliquer la chose) pour avoir son avis sur la menace de démission du Conseil français du culte musulman suite à la lettre de soutien du candidat Sarkozy (oui je sais c’est compliqué) à Charlie-Hebdo dans le procès des caricatures. Nicolas Sarkozy accepte de répondre, non sans avoir fait remarquer que ce sont les journalistes qui l’ont forcé à changer de casquette. Sauf que dans sa réponse, on ne sait pas vraiment qui s’exprime du candidat ou du ministre.


Fin de la visite sur la frégate. Nicolas Sarkozy se rend sur le porte-avions Le Charles-de-Gaulle, également basé à l’Arsenal de Toulon durant les douze mois par an d'entretien dont le bâtiment fait l’objet, c’est dire si les autres nations peuvent craindre l'intervention de ce fleuron de notre Marine natinale.


Cette fois, il n’y aura pas de caméras, pas de petites phrases, pas de journalistes. C’est le candidat cette fois qui fait cette visite, avec la ministre de la Défense. Serait-ce du favoritisme ? « Non, pas du tout, répond-on dans l’entourage de Michèle Alliot-Marie. Tous les candidats peuvent, s’ils le souhaitent, visiter le Charles-de-Gaulle, pour avoir des informations concrètes sur notre Défense. Mais comme pour Nicolas Sarkozy, ce se fera sans caméras. Cela pourrait être utile à certains pour, par exemple, connaître le nombre de sous-marins nucléaires français en exercice. »


Un peu plus tard, lors de la réunion publique qui a lieu au Zénith, c’est bien le candidat qui est réclamé sur la scène par Michèle Alliot-Marie (pas la ministre de la Défense, mais la militante qui avait failli se présenter à l’investiture UMP pour la présidentielle, elle aussi devant jongler avec les titres sous peine de remontrances élyséennes). Le candidat Sarkozy déboule sous un tonnerre d’applaudissements pour une heure d’un show « spéciale dédicace » à l’électoral local.


Dans une semaine, le ministre de l’Intérieur doit se rendre à la Réunion pour une visite de deux jours. Là encore, il sera difficile de distinguer sa véritable casquette. En tout cas, il y a une chose qui ne change pas : que ce soit le ministre ou le candidat, ce sont les mêmes journalistes qui le suivent.

medium_carzon.4.jpg

Commentaires

ben ouais, ce sont les mêmes journalistes !
eux aussi devraient mieux afficher leur casquette :)

Écrit par : eric du blog d'eric | jeudi, 08 février 2007

Je ne comprends pas du tout cette constante dénonciation de la "confusion des genres" entre les rôles de ministre de l'intérieur et de candidat. Qui demanda à VGE de démissionner de son poste de président lorsqu'il était candidat en 1981? Chirac, premier ministre, et Mitterrand, président, en 1988? Balladur, premier ministre en 1995? Chirac, président, et enfin Jospin, premier ministre, en 2002! Et qu'on ne me dise pas qu'il y a une particularité à la fonction de ministre de l'intérieur, du fait de son rôle d'organisation des élections: d'une part, les élections ne sont pas organisées par le ministre de l'intérieur, mais par un grand nombre de commissions indépendantes, faisant l'objet de nombreux contrôles, etc.; d'autre part, le ministre de l'intérieur est hiérarchiquement subordonné au premier ministre, donc sa situation n'est pas différente de celles de Chirac, Balladur, et Jospin, en 1988, 1995 et 2002 respectivement...

Écrit par : EL | jeudi, 08 février 2007

C'est vrai que le diable se niche dans les détails. MAis à force de s'acharner à le traquer, on passe à côté de l'essentiel. Hier, il y a une eu une idée assez nouvelle développée par le candidat de l'UMP : une union méditerranéenne. Voilà qui aurait dû vous donner envie de déployer tout votre talent pour commenter, analyser, critiquer cette idée. Pour paraphraser Voltaire : pourquoi dépenser tant d'intelligence à vouloir nous rendre si bête ? Au plaisir de vous lire.

Écrit par : Asfodail | jeudi, 08 février 2007

Pourriez-vous développer une idée que je crains d'avoir mal saisi : l'incompatibilité entre les deux "France" que vous évoquez ?

Rien dans la suite de votre billet ne l'explique. Et l'on comprend mal votre accroche et le ton polémique que vous donnez à cette visite du Charles De Gaulle, alors qu'en fin de compte, la conclusion de votre article, c'est plutôt "rien à dire".

"Cette fois, il n’y aura pas de caméras, pas de petites phrases, pas de journalistes. C’est le candidat cette fois qui fait cette visite, avec la ministre de la Défense." Quelle est la cohérence entre ces deux phrases ? Si c'est le candidat qui fait sa visite, alors il devrait y avoir petites phrases, caméras et journalistes ?

Écrit par : koz | jeudi, 08 février 2007

Cette histoire de Charles de Gaulle est ridicule : Moi aussi, m'sieur, je veux visiter le Charles de Gaulle ! Qui n'a pas eu sa petite visite privée et sa photo avec le commandant ? Heureusement qu'il ne s'appellait pas le "Jean Jaurès" !

Toreador

Écrit par : Toreador | jeudi, 08 février 2007

@ Asfodail : J'ai parlé de l'idée de l'Union méditerranéenne dans une autre papier sur le site internet dans un compte-rendu du meeting. Sur le blog, il s'agissait de parler des coulisses sous un angle particulier de cette visite. Essayons de ne pas mélanger les casquettes nous aussi.

@ Koz (et un peu à EL aussi) : les deux France ne sont pas incompatibles. La question n'est pas le récepteur du message mais l'émetteur. Nicolas Sarkozy adapte ses discours à la fois en fonction de son auditoire mais aussi de la casquette qu'il choisit. Cela fait beaucoup de variables pour un public, quel qu'il soit, qui doit pouvoir saisir à qui il a à faire, qui lui parle, quel message on cherche à lui faire passer. Imaginez un candidat qui voudrait faire la même chose que Sarkozy à Toulon : il ne pourrait pas aller sur la frégate car il n'est pas ministre de l'Intérieur et s'il allait sur le Charles-de-Gaulle, ce serait hors caméra. Résultat : aucune visibilité et aucun message politique. Or, Sarkozy, en changeant sa casquette à volonté, lui parvient à un résultat auquel d'autres concurrents ne peuvent prétendre. Ça pose question non ?

@ Toreador : s'il s'appelait le Jaurès, seul Sarkozy pourrait avoir le droit de le visiter puisqu'il est le seul l'héritier de cette figure du socialisme :)

Écrit par : david carzon | jeudi, 08 février 2007

et vous David Carzon? vous parlez à qui au fait? Aux français? aux socialistes? aux indécis? aux lecteurs du blog? oui, à qui parlez vous en fait?

Écrit par : Enzo | jeudi, 08 février 2007

Je ne nie pas que cela pose question, David Carzon, je dis simplement que cela ne pose pas plus question qu'à l'occasion des 4 élections précédentes, et que je j'ai pas entendu cette question posées à l'occasion d'aucune de celles-ci.

Écrit par : EL | jeudi, 08 février 2007

EL> Parce qu'on a été con depuis 4 élections n'empeche pas qu'on puisse devenir intelligent sur la 5e... :) Il ne faudrait pas accepter ceci par "tradition" républicaine tout de même.

Écrit par : Pomme | jeudi, 08 février 2007

Pomme, il ne s'agit pas là de refuser d'être con. Il s'agit là, selon moi, d'un procès d'intention lié au fantasme qui circule depuis quelques années sur Nicolas Sarkozy selon lequel celui-ci serait un despote en puissance, un petit Napoléon, un Fouché, que sais-je encore. Qu'avec lui président, la France serait au bord de la dictature, d'une République policière, d'un abandon des libertés, etc. On peut dire bien des choses contre Nicolas Sarkozy, réfuter ses idées une par une si on n'est pas d'accord, mais insinuer qu'il serait le seul à être dans cette double position de pouvoir et de candidat et à en faire un usage malhonnête me semble relever au mieux du fantasme, au pire de la malhonnêteté intellectuelle.

Écrit par : EL | jeudi, 08 février 2007

M. Carzon, je n'avais pas lu votre papier où vous évoquiez cette question.

@A EL : On a fait le même procès à Chirac avant qu'il soit élu président de la République. On a eu droit au Chirac Facho. En 1988, les partisans de M. Juquin avait même lancé une campagne sur le thème Chipen / Lerac.

Écrit par : Asfodail | jeudi, 08 février 2007

Plus intéressante que cette vieille lune de double, triple ou quadruple casquette c'est le fait que Nicolas est capable d'affirmer ses convictions avec vigueur et nuance là où on ne l'attend pas. Bravo d'avoir ainsi défendu le droit à la caricature. Bravo encore de fustiger la repentance compassionnelle stérile. Bravo de faire l'apologie des rencontres des cultures. Bravo de vouloir stimuler une aire méditerranéenne !

Écrit par : patrick2 | jeudi, 08 février 2007

@ EL : il n'est pas question de despotisme ou de dictature dans mon billet (c'est un sujet qui concerne la conscience de chacun), mais d'utilisation de l'appareil d'Etat à des fins électoralistes.

Écrit par : david carzon | jeudi, 08 février 2007

on peut remarquer que Balladur et Jospin étaient 1er ministre sous cohabitation, et de plus, défendaient leur bilan.
Sarkozy utilise ces 2 casquettes à son seul profit, et n'oublions pas qu'il est chef du parti au pouvoir (ce qui n'était pas le cas des 2 autres) et en plus président du conseil général des Hauts-de-Seine.
ça fait beaucoup pour un seul homme dont le seul objectif actuel est de devenir président de la république, en utilisant tous les moyens à sa disposition

Écrit par : raph | jeudi, 08 février 2007

David,

SVP ne créez pas des polémiques là où il n'y en a pas...
La répartition des rôles est claire et l'utilisation de l'argent de l'Etat, vous le savez, est très surveillée.

Fin mars, il ne sera plus Ministre d'Etat... rassurez-vous ! ;)

En tout cas, bravo pour votre journal et votre site

A bientôt

Romain

Écrit par : Romain MOUTON | vendredi, 09 février 2007

@ Romain : Je n'ai pas parlé d'argent, j'ai parlé d'utilisation de l'appareil d'Etat qui n'est pas une iigne comptable en tant que telle. Et je ne porte pas de jugement sur les raisons d'Etat qui le poussent à garder son poste (là, ce serait de la polémique) mais je m'interroge, à travers la visite de Toulon, sur la confusion que cela peut entretenir, au moins dans la tête des électeurs.
Merci à vous de nous lire.
David Carzon

Écrit par : david carzon | vendredi, 09 février 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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