Avertir le modérateur

mardi, 27 février 2007

Des éléphants dans un magasin de porcelaine

La politique de la terre brûlée. C’est ainsi que les journalistes des quotidiens régionaux qualifient la venue de leurs collègues parisiens qui débarquent en province, bousculent tout sur leur passage et repartent sans s’inquiéter de savoir s’ils ont cassé quelque chose. C’est encore plus vrai lors d’un déplacement de Nicolas Sarkozy.

Exemple dans le Cher lundi. Le rendez-vous est donné à Mehun-sur-Yèvre, chez Pillivuyt, une manufacture de porcelaine, en début d’après-midi. Une partie des ouvriers (qui ont la particularité d’avoir repris et fait fonctionner eux-mêmes leur entreprise après le départ de leurs patrons) attendent devant l’entrée d’un des bâtiments. Ils voient grossir les rangs des journalistes au fil des minutes. « Il y en a combien comme ça », s’inquiète une employée.

Pour le moment, ils sont confiants, ils pensent pouvoir accéder au candidat, lui parler, lui serrer la main. Et puis ils voient la voiture du candidat arriver, ils regardent une nuée de caméras et de micros se diriger vers lui, l’entourer jusqu’à former un rempart. « Quand on voit les images à la télé, on ne sait pas que ça se passe comme ça », maugrée une ouvrière en blouse blanche.

medium_sarko3.jpgLe candidat entre dans l’usine avec son flot de caméras qui poussent les radios qui poussent les photographes qui poussent les journalistes de presse écrite (l’ordre peut être différent) qui poussent les ouvriers. L’endroit est rempli d’assiettes, de soupières, de tasses et l’expression « des éléphants dans un magasin de porcelaine » a rarement été autant appropriée.Nicolas Sarkozy est entouré de nombreux policiers et collaborateurs autour de lui, certains lui ouvrant la route et permettant à quelques-uns d’accéder au candidat, d’autres assurent les arrières et font en sorte que personne ne tombe, ne soit piétiné (oui, oui, c’est à ce point là) et que rien ne soit cassé. Et dans un tel endroit, ils ont du boulot.

« Ils sont fous ». C’est l’expression qui revient le plus souvent dans la bouche des ouvriers qui voient les journalistes coller aux basques de Sarkozy. Caméras et micros enregistrent tout. Au cas où il se passe quelque chose. Ils sont là pour faire de l’image, du son. Il y a 999 chances sur 1000 qu’il ne se passe rien d’intéressant, le type qu’il filme est quand même préparé à faire face à toutes les situations, mais on ne sait jamais, il faut être là au cas où…medium_sarko1.jpg

La position des journalistes de presse écrite est un peu plus aisée. On peut prendre le temps de discuter avec l’entourage du candidat, avec les élus locaux, avec les employés, essayer de comprendre les intérêts moins évidents de ce déplacement… On essaye de se glisser dans la meute de temps en temps pour capter une conversation. Quelques ouvriers font de même, ils parviennent à serrer la main du candidat, à lui arracher un bonjour, et alors ils s’extirpent de ce magma, tout contents de leur exploit.

Alors que viennent chercher tous mes médias ? Il y a une semaine, à Perpignan, Nicolas Sarkozy avait prononcé un discours bien musclé à droite. Là, cet après-midi, c’est le retour de Blum et de Jaurès auprès de la France qui se lève tôt, qui travaille dur et gagne peu. C’est en tout cas l’image qu’il vient « vendre ». Et que les médias viennent « acheter ». D’autant que Sarkozy n’est jamais avare d’une petite confrontation en tête-à-tête, mais filmée, avec quelqu’un qui n’est pas a priori de son bord politique. Comme cela se produit à Pillivuyt, il n’aime rien tant que se coltiner avec le syndicaliste local pour le mettre dans sa poche.

 

medium_sarko2.jpg

 

C’est ce qui arrive également un peu plus tard en pays sancerrois, à la Maison des vins de Sancerre. Lorsque le responsable viticole local l’attaque bille en tête en lui disant en substance (ce ne sont pas ses paroles, mais la manière dont je les ai interprétées) : « Monsieur Sarkozy, vous buvez de l’eau, vous avez multiplié les contrôles d’alcoolémie, alors puisque vous n’aimez pas le vin et ceux qui le boivent, qu’est ce vous pouvez faire de plus pour tuer nos métier ? »

Juste le temps de hausser les épaules, de faire son petit rictus habituel avec la mâchoire et le candidat se livre à son exercice favori : répondre avec la même franchise que son interlocuteur, faire quelques promesses d’ordre catégoriel, asséner sa vérité et surtout finir par lui démontrer que finalement leurs positions ne sont pas si éloignées alors que ce n’était pas gagné au départ. Généralement, en face, l’autre ne sait plus quoi répondre.

Sauf que tout cela se passe dans un cadre très maîtrisé où Nicolas Sarkozy a toujours le dernier mot. A Sancerre par exemple, au milieu des milliers de gens venus l’acclamer, une quinzaine de membre du Réseau éducation sans frontières ont été rapidement évacués par les forces de l’ordre de la place où était attendu le candidat. Leur banderole a même été déchirée et les « perturbateurs » tenus à l’écart durant la visite. Finalement, la confrontation, c’est bien, mais quand l’issue est connue à l’avance, c'est encore mieux.

medium_medium_medium_carzon.4.jpg

(photos : Thomas Caplain/20minutes)

Commentaires

Monsieur Sarkozy était invité hier matin (8:30) sur BFM-TV et RMC info pour répondre aux questions du journaliste Jean-Jacques Bourdin.

Le jounaliste lui demandant si selon lui Al-Quaida était une organisation sunnite ou chiite, monsieur Sarkozy répond que c'est une "nébuleuse" (c'est surtout sa réponse qui l'était, pour ceux qui ont suivi l'emission) autant sunnite que chiite.



Ce qui est totalement faux, Al-Quaida étant une organisation directement issue de la branche la plus extremiste du sunnisme.L'un de ses objectifs est justement d'éradiquer le chiisme, considéré comme hérétique. On peut d'ailleurs le voir tous les jours dans le conflit irakien o les attentats anti-chiite d'Al-Quaïda sont quotidiens et extrêmement meurtriers
Je rappelle à toutes fins quand même,à toutes fins utiles, que monsieur Sarkozy est ministre de l'nterieur chargé de lutter contre le terrorisme et donc justement
contre Al-Quaida. Dont il ne sait visiblement pas très bien ce que c'est.

Mais non content de sortir une "bourde" aussi monumentale, pour se sortir d'affaire, monsieur Sarkozy répond au journaliste (et à la même question) que de toutes façon: "en matière de terrorisme les questions ETHNIQUES ne sont pas importantes" .

Pour monsieur Sarkozy, ministre des CULTES, le chiisme et le sunnisme sont des ethnies
et non pas des mouvances religieuses. C'est comme de dire que protestant et catholique sont des ethnies. No comment.

Le journaliste lui demande ensuite combien la France possède de sous-marins d'ATTAQUE, et Nicolas Sarkozy répond...4. Au lieu de 6. La France possède 4 sous marins lanceur d'engin (ça tout le monde le sait maintenant...) et 6 sous marins D'ATTAQUE.

Ces erreurs, pourtant au moins aussi grave que Ségolène Royal affirmant "une sympathie pour la souveraineté du Quebec" (sympathie que partage une majorité de français dont Charles de Gaulles en son temps) n'ont quasiment pas été reprises dans la presse. On se demande pourquoi... Et bien sur, la presse de ce pays, dirigée en grande partie par de amis de monsieur Sarkozy, n'a pas choisi son camp. Enfin, c'est ce qu'on nous dit.


Pour ceux qui ont raté cette emission, je pense qu'elle est en podcast sur le site d'RMC. Je laisse à chacun ses conclusions.

Écrit par : raphael | mardi, 27 février 2007

Quand De Gaulle se déplaçait, il dépassait largement de sa taille son service de sécurité et les journalistes radio.
Il pouvait ainsi voir de loin et avoir une Vision de et pour la France.

Écrit par : Blanc Cassis | mercredi, 28 février 2007

EH ben vous au moins vous ne l'aimez pas Nicolas Sarkozy mais tout de même vous lui faites un méchant procès... Les gens qui le rencontrent sont heureux de pouvoir lui parler de leurs problèmes tant professionnels que souvent d'ailleurs personnels...

Écrit par : patricio | samedi, 03 mars 2007

Bonjour

Ségolène est à Berlin lundi 5 mars, organise une rencontre avec les français, http://www.ffeps.com , vous allez pouvoir vous "bousculer" et demander à nos compatriotes ce qu'ils pensent de cette élection....(ils sont 850.000 électeurs..)

cordialement
louise

Écrit par : Louise | dimanche, 04 mars 2007

@ patricio:

Dur d'être journaliste politique… Quand, comme A. Duhamel, on dit qu'on aime bien un candidat, on est privé d'antenne. Quand on fait, comme D. Carzon, simplement son métier, c'est-à-dire décrire ce que l'on voit sur un reportage, on nous dit qu'on n'aime pas le candidat en question. Sachez qu'on aurait pu faire presque le même reportage sur Royal ou Bayrou. Que c'est compliqué…

Écrit par : bastien | lundi, 05 mars 2007

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu