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vendredi, 06 avril 2007

Les électeurs ne sont pas toujours là où on les attendait

A l'entrée de la dernière ligne droite, les électeurs ne sont pas toujours là où on les attendait. Le cumul des interviews réalisées pour le sondage quotidien <http://www.ipsos.fr/presidentielle-2007> Ipsos/Dell du 26 au 31 mars, semaine relativement stable du pont de vue de l'évolution du rapport de force, permet de disposer d'un matériel d'analyse plus fourni pour cerner le vote par famille socio-démographique. Et de démentir un certain nombre d'idées reçues : les jeunes ne sont pas «anti-Sarko», les femmes n'accordent pas de prime à Ségolène Royal... Surtout, autour de 30%, Nicolas Sarkozy n'est sans doute pas surévalué, comme on l'entend parfois.
 
S'il y a débat chez les jeunes, on ne mesure pas de «réflexe anti-Sarko».
Selon la série Ipsos, Nicolas Sarkozy est à égalité avec Ségolène Royal chez les 18-24 ans (un tiers des voix chacun). Chez les 25-35 ans, Nicolas Sarkozy sort en tête (28%), devant François Bayrou (24%) et Ségolène Royal (22%). Au total sur la tranche «moins de 35 ans», on n'est pas très loin du rapport de force mesuré sur l'ensemble de l'échantillon : 30% d'intentions de vote pour Nicolas Sarkozy, 26% pour Ségolène Royal, 22% pour François Bayrou 22%.
 
Pas de prime féminine pour Royal
Autre intuition battue en brèche, celle d'un soutien particulier des femmes à Ségolène Royal, et en corollaire, un électorat de Nicolas Sarkozy qui serait plus particulièrement masculin. Là encore, ni l'un ni l'autre. La différence majeure entre le vote des femmes et des hommes se situe au niveau du score de Jean-Marie Le Pen, qui recueille 18% d'intentions de vote chez les hommes, 8% chez les femmes. Les 10 points d'écarts se retrouvent pour grande partie chez Nicolas Sarkozy (34% d'intentions de vote chez les femmes contre 28% chez les hommes), et à un degré moindre sur les candidatures de François Bayrou (20% contre 17%) ou Philippe de Villiers (2% contre 0,5%). Il en résulte un socle électoral du candidat de l'UMP majoritairement féminin.  On ne mesure pas en revanche de clivage marqué par genre pour les autres candidats. En particulier, Ségolène Royal ne bénéficie d'aucune prime dans l'électorat féminin, à 25% d'intentions de vote, contre 24% chez les hommes.
 
Où sont donc alors les bastions électoraux ?
Celui de Nicolas Sarkozy est aussi puissant que discret : l'électorat âgé. Le candidat UMP bénéficie d'environ 40% d'intentions de vote dans la tranche 60-69 ans et chez les retraités, et plus de 50% chez les 70 ans et plus... On dit souvent que l'élection se gagne au centre ; avec des taux aussi importants dans un électorat mobilisé et de plus en plus nombreux, elle se gagnera peut-être cette fois chez les seniors. D'autant que l'autre force de Nicolas Sarkozy, c'est d'être présent partout : dans chacune des 40 catégories socio-démographiques testées, il est au-dessus des 20% d'intentions de vote. Même si Ségolène Royal est en tête chez les 18-24 ans (34%), les cadres sup’ (33%), les professions intermédiaires (27%), les ouvriers (27%), les salariés du public (33%) et les salariés dans leur ensemble (27%), elle est toujours talonnée par le candidat UMP, et ne creuse pas vraiment d'écart. Ségolène Royal est en revanche inexistante dans les catégories traditionnellement acquises à la droite, comme par exemple les artisans, commerçants chefs d'entreprises (3%), ou chez les personnes «à leur compte» (5%). Au final, c'est bien Nicolas Sarkozy qui fait la course en tête, depuis janvier, selon tous les instituts.
 
•• Notre sentiment : Nicolas Sarkozy sera présent au second tour ••

 

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12:38 Publié dans Le Fil | Lien permanent | Commentaires (40)

dimanche, 25 mars 2007

Vote utile… identitaire ou stratégique ?

Le vote utile sera un des déterminants des comportements électoraux de l’électorat de gauche le 22 avril. Dans ce domaine, deux logiques s’affrontent : celle du vote utile « identitaire » et celle du vote utile « stratégique ». La clé du premier tour tient de cet arbitrage. Le vote utile « identitaire » doit s’entendre comme le réflexe de l’électorat de gauche d’éviter un nouveau 21 avril, et l'absence de la gauche au second tour. Ce comportement réduit l’espace politique de la gauche de la gauche (7% aujourd’hui pour 10,4% le 21 avril 2002 selon le dernier sondage Ipsos) et profite à la candidate socialiste. Il constitue sans doute un argument majeur de vote en faveur de Ségolène Royal, qui lui permet d’afficher aujourd’hui un taux de mobilisation des sympathisants PS (70%) meilleur que celui recueilli par Lionel Jospin le 21 avril 2002 (47%).

Le vote utile « stratégique » peut se définir quant à lui comme le vote privilégiant la meilleure solution pour battre Nicolas Sarkozy. Il profiterait à François Bayrou, mieux placé dans les enquêtes d’intentions de vote second tour et expliquerait le ralliement d’une partie des sympathisants socialistes à l’élu béarnais. Que de tels électeurs stratèges existent ne fait pas de doute. Pour autant, ce vote utile stratégique nous semble moins important que le vote identitaire, et en perte de vitesse. En effet, la publication régulière depuis janvier d'enquêtes de second tour donnant Ségolène Royal battue face à Nicolas Sarkozy, et qui dans le même temps mesurent François Bayrou en tête, devrait alimenter le siphonage de l'électorat de gauche vers le leader centriste. Or, si au plus fort de sa percée François Bayrou captait le soutien de 25% des proches du PS, ce taux est aujourd'hui retombé à 15%. Après une progression de 10 points en un mois et demi sur l'ensemble de l'échantillon Ipsos (jusqu'à 24%), il en a perdu 5 cette semaine (19% au dernier pointage).

L'explication de ce reflux se trouve peut-être dans les pronostics de victoire. Malgré les enquêtes favorables, la conviction que François Bayrou pouvait gagner ne s’est pas imposée dans l’opinion, y compris au sein de son électorat : le 16 mars, seuls 22% des personnes déclarant une intention de vote pour lui au premier tour pensaient qu’il serait élu le 6 mai (Ipsos). Au final, la résistance actuelle de Ségolène Royal dans les enquêtes, alors même qu’elle s'est trouvée un temps à égalité avec Bayrou, et la dynamique défavorable cette semaine du candidat de l’UDF dessinent assez nettement à un mois du premier tour la prévalence d’un vote identitaire politique sur un vote stratégique transgressant les appartenances.

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lundi, 19 mars 2007

Sarkozy, Royal, Bayrou : tiercé dans l'ordre ou dans le désordre ?

En 1995, le tournant a eu lieu fin février quand Jacques Chirac rattrapait puis dépassait Edouard Balladur dans les intentions de vote. En 2002, ce furent les trois dernières semaines de campagne qui furent décisives avec l'ascension de Jean-Marie Le Pen et l’effondrement de Lionel Jospin. En ce qui concerne 2007, rien n’est figé et tous les scénarios restent possibles : on croit connaître le tiercé, mais en aucun cas l’ordre. Après une longue phase de précampagne où Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy semblaient hors de portée de leurs poursuivants, le «trou d'air» de la candidate socialiste, puis la poussée spectaculaire de François Bayrou, et plus récemment la baisse de Sarkozy ont remis les compteurs à zéro. Le point sur la semaine écoulée.

 

1.  Baisse des intentions de vote vers Nicolas Sarkozy. Après ses déclarations sur le Ministère de l'immigration et de l’identité nationale, il a perdu 5 points en 5 jours selon Ipsos, 6 points pour la Sofres. Aujourd'hui, plus aucun institut ne le mesure au-dessus des 30%. S'il conserve partout la première place, l'écart avec ses poursuivants s'est réduit.

2.  Mobilisant de mieux en mieux l'électorat UDF qui a petit à petit déserté Sarkozy, bénéficiant aussi d'un soutien du quart des sympathisants socialistes, et d'environ 10% des proches de l'UMP, François Bayrou continue de progresser. Chez Ipsos, il a encore gagné 4 points entre le 9 et le 16 mars. Le reflux annoncé par une enquête CSA n’est pas encore confirmé ailleurs. Avec la publication de sondages de second tour le donnant en tête face à Nicolas Sarkozy (55%/45% chez BVA), la dynamique favorable au candidat centriste pourrait bien se poursuivre, grâce au "vote utile stratégique" des électeurs allergiques à Sarkozy.

3.  Après une période de stabilité au-dessus des 25%; les soutiens de Ségolène Royal semble à nouveau s’éroder. Les dernières enquêtes Ifop et Ipsos la donnent à égalité avec François Bayrou, à 23%. Elle pourrait profiter de son exposition télévisuelle sur France 2 ce jeudi pour regagner quelques points, comme après toutes ses grandes sorties médiatiques (Villepinte, émission de TF1..). Surtout, une progression de Jean-Marie Le Pen en fin de campagne comme en 2002 pourrait remobiliser son camp en favorisant pour elle un "vote utile identitaire", pour éviter un nouveau 21 avril, sans gauche au second tour.

4.  Reste Le Pen, en embuscade. Gros outsider, les instituts ne le voient pas pour le moment à l'arrivée. Pointé entre 12 et 14%, il se situe toujours à des niveaux plus élevés que ceux mesurés en 2002 à la même époque (10%). Une progression en fin de campagne n'est évidemment pas à exclure. Pour autant, nous pensons toujours que 20% constitue un plafond pour sa candidature, eu égard son score du second tour en 2002 (18%). Vu les performances de ses trois adversaires, il semble aujourd'hui peu probable que la qualification pour le second tour se joue sous ce seuil.

 

En tenant compte en plus des marges d'erreurs de l'outil sondage, de plus ou moins trois-quatre points, la course est très ouverte. Aujourd'hui, le turfiste averti jouerait plutôt le trio que le tiercé. Pour l’opinion, l’élection de 2007 est encore loin d’être jouée.

 

 

 

7-8 mars

Sofres

8-9 mars

Ifop

9-10 mars

LH2

12-13 mars

BVA

14 mars

CSA

13-15 mars

Ipsos

Sarkozy

27

28

28

29

27

29

Royal

25,5

23

26

23

26

23

Bayrou

23

23

22

21

21

23

Le Pen

12

13

13,5

13

14

13

 

 

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13:10 Publié dans Le Fil | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : sondage, sarkozy, royl, bayrou, le pen

lundi, 12 mars 2007

Tirés d'affaires

Tiré d'affaires

Après les révélations du Canard Enchaîné sur les ristournes dont aurait bénéficié Nicolas Sarkozy de la part d’un promoteur immobilier, et celles sur la sous-évaluation du patrimoine immobilier du couple Hollande-Royal se pose une nouvelle fois la question de l’impact des «affaires» sur l’opinion. Disons le tout net : nous pensons qu’il n’y a plus d’effets de ce genre de révélations sur le rapport de force électoral. Les commentateurs qui en scrutent les conséquences, les acteurs politiques qui les espèrent sans le dire, nous semblent fonder leur jugement sur une croyance dépassée.

La mémoire collective française a pourtant gardé trace d’affaires particulièrement pénalisante pour ceux qu’elles concernaient : on pense à la feuille vierge d’impôts de Chaban-Delmas publiée début 1972 qui fragilisa considérablement sa candidature présidentielle ou encore aux révélations sur les diamants (et le fameux « bonsoir messieurs, bonsoir mesdiams » de Thierry Le Luron) qui précipita sans doute la défaite de VGE en 1981.

Mais depuis les années 70-80, le contexte d’opinion a considérablement évolué. D'après la Sofres, 60% des Français pensent aujourd'hui que les élus politiques sont «plutôt corrompus» ; ils étaient moins de 40% en 1977. Près d'une personne sur deux juge à présent la politique comme une « activité peu honorable » ; cette proportion a presque doublée en 20 ans.

Dit autrement, l’opinion a aujourd’hui un rapport tellement désabusé, presque cynique, au politique que le discrédit collectif épargne la stigmatisation individuelle. Etre impliqué dans une affaire n’est plus distinctif puisque l’ensemble de la classe politique est déconsidérée, gauche et droite confondues. Pour les Français, nourris des affaires « mitterrandiennes » (Urba, Mnef) d’un côté et « chiraquiennes » de l’autre (HLM de Paris, marchés publics truqués d’Ile-de-France - Méry, billets d’avion), la suspicion est généralisée et concerne la classe politique dans son ensemble.

A l’évidence, cette représentation du « tous pareils » - voire du «tous pourris» - pénalise les plus honnêtes en épargnant ceux qui le sont moins. En 2002, Lionel Jospin pensait l’emporter en misant sur l’intégrité, cf. le "présider autrement", avec "l'autre ment" en subliminal.

Avec ses casseroles, Jacques Chirac préside la France depuis 12 ans...Le subtil balancier du Canard, touchant une semaine la droite une semaine la gauche, ne peut que conforter l'immunisation globale des Français aux affaires.

Dès lors, et même si d'un point de vue moral on peut le regretter, l’appartement de Neuilly ne devrait pas fragiliser son propriétaire. Certes, l’affaire renforcera probablement les anti-sarkozystes, elle confortera le vote extrême droite, mais elle n’ébranlera pas les soutiens du candidat UMP. L’affaire de l’usage des RG à des fins personnelles n’a eu aucun impact. Celle de l’appartement devrait faire « pschitt » elle aussi. La sous-évaluation du patrimoine de Ségolène Royal pour diminuer l’ISF laissera à peine plus de traces, sur un électorat de gauche un peu plus sourcilleux sur les questions éthiques et plus sensible à l’exemplarité des comportements en matière fiscale.

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vendredi, 23 février 2007

La galère des petits candidats

Si Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal font la course en tête pendant que François Bayrou et Jean-Marie Le Pen se disputent la troisième place, derrière, ça rame. Sous-exposition médiatique ou effet "vote utile", toujours est-il qu'aucun des autres candidats testés depuis octobre 2006 par les six principaux instituts de sondages n'a jamais dépassé la barre des 5%.

Selon la dernière mesure réalisée par BVA les 19 et 20 février, Marie-Georges Buffet mène le gruppetto à 4% d'intentions de vote, juste devant Olivier Besancenot, Arlette Laguiller et Philippe de Villiers à 3% ; José Bové est à 2%, Dominique Voynet à 1%, et Corine Lepage est crédité d'un astérisque, renvoyant vers un diplomatique "résultat non significatif"...

Au-delà de la variation des scores d'un institut à l'autre, consécutifs à une offre électorale plus ou moins large (Ipsos propose l'offre la plus complète en testant également Nicolas Dupont-Aignan, Frédéric Nihous et Gérard Schivardi), le fait est qu'aucun des petits candidats n'arrive à percer. Ce n'était pas le cas en 2002, le rapport de force était beaucoup plus serré.

La Sofres avait mesuré dans ses intentions de vote de février Arlette Laguiller à 7,5% (le 23), Robert Hue à 6,5% (le 2), Noël Mamère à 7% (le 15), alors que Jean-Marie Le Pen et Jean-Pierre Chevènement oscillaient autour des 10%. Ipsos obtenait des résultats comparables. A cette époque, derrière Jacques Chirac et Lionel Jospin, cinq candidats pouvaient prétendre au podium.

Les petits candidats sont-ils aujourd'hui condamnés à rester en fond de cale ? Le sujet fait débat. Avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal qui captent toujours à eux deux environ 60% des intentions de vote, contre moins de 50% pour le total Chirac+Jospin en 2002, la marge de manœuvre est plus étroite.

D'autant plus que derrière, le candidat "ni gauche ni droite" de 2007 est plus haut que celui de 2002 (de 15 à 17% selon les instituts pour F. Bayrou, contre à peu près 10% pour J.P. Chevènement en février 2002), et que Jean-Marie Le Pen est lui aussi en avance sur ses temps de passage (+ 3 points en moyenne). C'est peut-être une conséquence du 21 avril, les candidats des grands partis mobilisent beaucoup mieux leur camp cette année. Plus de 80% de l'électorat UMP choisit Nicolas Sarkozy dès le premier tour (on était autour des 60% pour Jacques Chirac en 2002), les deux-tiers des sympathisants socialistes choisissent Ségolène Royal (moins de 60% en moyenne pour Lionel Jospin, et à peine un peu plus de 50% à l'approche du scrutin), François Bayrou est aujourd'hui soutenu par 60% des proches de l'UDF (40% en 2002) ; Le Pen reste à 80% de soutien dans son camp.

Avec un électorat moins dispersé, on se rapproche des "parts de marché" des différents partis, si l'on se réfère aux niveaux des proximités partisanes relevés par les sondeurs dans leurs échantillons. Pour autant, tout n'est pas joué. Les municipales 2008 en point de mire, les maires hésitent à parrainer qui que ce soit. Le couperet des 500 signatures devrait alors clarifier l'offre électorale et aider les candidats qui auraient gagné leur ticket d'entrée. Surtout, la campagne officielle n'a pas encore commencée. L'égalisation des temps de parole profite aux moins connus, et bouleverse parfois l'ordre établit.

En avril 2002, les Français découvraient Olivier Besancenot, qui gagnait alors soudainement 4 points d'intentions de vote, pour se retrouver tout près du seuil des 5%, qui fait passer le remboursement des frais de campagne de 5 à 50% des dépenses (plafonné selon le cas à  800 000 ou 8 millions d'euros). Ils étaient 7 à en bénéficier en 2002 (Chirac, Le Pen, Jospin, Bayrou, Laguiller, Mamère et Chevènement), pas sûr qu'en 2007 ils soient aussi nombreux.

•• Notre prévision : tous fauchés ! ••

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vendredi, 16 février 2007

Les trois défis de Ségolène Royal

Dans son fameux article « l’opinion publique n’existe pas », Pierre Bourdieu, outre un questionnement critique sur l’outil des sondages, dénonçait les « coups de forme et de force » auxquels leur exploitation médiatique pouvait donner lieu. L’actualité récente nous fournit deux belles illustrations de ces « coups », c’est-à-dire d’utilisation partiale des enquêtes d’opinion. Ainsi du sondage de l’Ifop pour Paris-Match.

Réalisé le lundi, lendemain du discours de Ségolène Royal à Villepinte, publié dès le lundi après-midi, il n’avait pour finalité que de démontrer, ainsi que l’a écrit l’institut et que l’ont commenté nombre d’agences et de médias « l’absence d’effet Villepinte ». Comme si cet effet aurait forcément dû être immédiat et se mesurer entre le dimanche soir et le lundi matin, comme si l’on présupposait au fond que tous les Français étaient au meeting ou rivés devant LCI ou BFM TV… Le bon sens, comme la rigueur, commande toujours de laisser le temps à une réaction de se produire avant d’en mesurer les effets. L’oubli du temps, voilà bien le coup de forme de l’Ifop.

Ou encore du sondage réalisé par BVA pour Orange et commenté ainsi par l’AFP « Ségolène Royal progresse au premier tour mais régresse au second ». La régression supposée, à 47% au second tour, s’appuye dans cette enquête sur une comparaison avec une autre enquête BVA du 7 février donnant alors 48% à la candidate socialiste. Le problème est qu’à cette date, BVA est le seul institut à mesurer Ségolène Royal à 48% quand tous les autres la mesurent à 47% ou 46% …

Du coup, ce qui aurait été stabilité et progrès chez n’importe quel autre institut devient recul chez BVA. On aurait aimé là encore que ce sondage soit traité avec plus de justesse et de discernement. Car finalement, au-delà de ces instrumentalisations, que mesure t-on depuis Villepinte ? On observe d’abord une légère remontée de Ségolène Royal (mesurée par BVA et Ipsos), liée à une meilleure mobilisation des sympathisants de gauche sur son nom. Ce n’est pas massif mais le mouvement de démobilisation du mois de janvier est clairement enrayé. Cette remobilisation relative ne suffit pour autant, et pour l’instant, à enclencher une véritable dynamique. Pour espérer changer de braquet, Ségolène Royal doit relever à notre sens relever trois défis :

 

  1. Accroître la mobilisation de l’électorat PS sur son nom. 66% des sympathisants socialistes expriment aujourd’hui une intention de vote en sa faveur au premier tour. C’est mieux que ce que recueillait Lionel Jospin à une époque similaire en 2002 mais cela reste encore loin de l’excellente assiste de Nicolas Sarkozy sur l’électorat UMP (85%). Là est probablement la marge la plus facile à conquérir pour la présidente du Poitou.

  2. Creuser l’écart chez les jeunes. Traditionnellement, on le sait, l’électorat âgé – qui pèse d’ailleurs de plus en plus au sein de l’électorat français, est majoritairement acquis à la droite. Ségolène Royal doit donc compenser par une mobilisation sans faille de la jeunesse en sa faveur. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, puisque elle ne devance que d’assez peu Nicolas Sarkozy sur ce segment.

  3. Reconquérir les classes populaires. On se trouve là désormais face au défi classique du PS à chaque élection depuis une dizaine d’années, accru par le fait que Nicolas Sarkozy y tient des positions inhabituelles pour un leader de droite. Aujourd’hui, il réalise au sein de ces couches sociales de meilleurs scores que Ségolène Royal, et Jean-Marie Le Pen (40% par exemple chez les titulaires d’un CAP-BEP contre 19% pour Ségolène Royal et 17% à Le Pen). Seule une inversion forte de tendance au sein  de cet électorat pourrait encore modifier un rapport de force aujourd’hui clairement favorable au candidat de l’UMP.

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17:59 Publié dans Le Fil | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : royal, sondages

vendredi, 09 février 2007

François Bayrou, tout reste à faire

"François Bayrou jusqu'où ?" se demande «L'Express» de cette semaine, accréditant la thèse de l'ascension sans limite du président de l'UDF. L'histoire électorale et l'analyse des sondages nous semblent pourtant appeler des jugements plus nuancés.Il ne s'agit pas de nier une progression régulière et indiscutable : de 8-9% à la fin de l'année dernière, l'élu béarnais est monté à 13-14% aujourd'hui.

Mais de rappeler que ce niveau n'a rien d'exceptionnel pour une candidature de centre droit, que l'on se réfère aux scrutins les plus récents (12% pour l'UDF aux dernières européennes) ou plus anciens (près de 16% pour Raymond Barre à l'élection présidentielle de 1988).

A ce stade, François Bayrou réussit donc bien le rassemblement de la sensibilité démocrate-chrétienne, sans aller au-delà. C'est grâce à la mobilisation de son camp (70% d'intentions de vote des sympathisant UDF dans la dernière enquête Ipsos) qu'il obtient aujourd'hui des scores bien meilleurs qu'en 2002 (entre 4 et 6% à la même époque, avec le soutien de seulement 20% de l'électorat UDF).

En revanche, l'attraction de sa candidature sur l'électorat socialiste reste contenue. En moyenne, un sympathisant PS sur dix dans les enquêtes d'opinion exprime aujourd'hui une tentation Bayrou.

Pour François Bayrou finalement, tout commence maintenant. Soit il parvient vraiment à transcender le clivage gauche-droite pour espérer porter le centre à des niveaux électoraux inégalés, soit il est "victime" des logiques de politisation et de mobilisation de chaque camp, au fil de la radicalisation probable de la campagne ; il devra alors se contenter de se situer au mieux au plafond traditionnel de l'UDF.

•• Au regard des logiques électorales qui ont prévalu par le passé, c'est vers cette dernière hypothèse, celle d’un plafonnement, que nous penchons ••

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17:00 Publié dans Le Fil | Lien permanent | Commentaires (7)

vendredi, 02 février 2007

Le paradoxe Le Pen

Tous les indicateurs montrent que Jean-Marie Le Pen reste sur une dynamique politique favorable. Plus d'un Français sur quatre se dit «d'accord avec ses idées». Mesuré aujourd’hui entre 11% et 14% dans les intentions de vote, il atteint des niveaux supérieurs à ceux enregistrés en janvier 2002 (entre 8 et 11%). Dans la lignée des élections de 1988 (14,4%), 1995 (15%) et 2002 (16,9%), il devrait une nouvelle fois faire un bon score, entre 15 et 20%. Ce dernier chiffre constitue toutefois un plafond difficilement dépassable, comme en témoigne le second tour de 2002 (17,8%).

Or ni Ségolène Royal ni Nicolas Sarkozy ne semblent courir le risque de tomber sous ce seuil de 20%. Chacun dispose en effet au sein de son camp de soutiens beaucoup plus fermes et élevés que ceux dont disposaient Lionel Jospin et Jacques Chirac à l'époque. Avec des intentions de vote entre 32% et 35%, soit quasiment le total des voix Balladur et Chirac de 1995, Nicolas Sarkozy bénéficie d’une mobilisation de et d’un niveau d’adhésion sans comparaison à ceux de 2002. Le candidat UMP capte en outre aujourd’hui plus de 20% des électeurs lepénistes dès le premier tour, amputant le leader frontiste d’une partie de ses ressources.

Malgré le "trou d’air", Ségolène Royal reste à des niveaux jamais atteints par Lionel Jospin (de 26 à 29% contre 22-24%). Même avec la candidature de Bové, les désistements de Taubira et Chevènement limitent la dispersion. En outre, la mémoire du 21 avril et «l’effet remords» qui en découle, devraient jouer en faveur d’un vote utile dès le premier tour.

En somme, et à deux mois et demi du scrutin, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal captent à eux deux plus de 60% des intentions de vote (Jacques Chirac et Lionel Jospin n'en recueillaient que 48% en janvier 2002, et 36,7% le jour du scrutin). A moins d'un événement de campagne imprévisible et destructeur pour l'un des deux principaux candidats, anticiper la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour peut être un argument politique de mobilisation, mais en aucun cas résulter de la lecture des sondages pré-éléctoraux.

•• Notre prévision : Jean-Marie Le Pen ne sera pas au second tour de la présidentielle ••

 

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