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lundi, 05 mars 2007

Carnet de campagne (2)

Commune de Crespin, le 2  mars, à la frontière Belge. Porte à porte pour le vote Marie George Buffet. Il faut voir l’état des immeubles et des maisons de cette cité. En France, 6ème puissance économique au monde, au 21ème siècle, il existe encore des endroits où le sentiment d’abandon domine tout. Des familles, des ouvriers de chez Toyota, des employés communaux, des enfants, des personnes âgées habitent ici, avec leur fierté et leur dignité, avec les sourires et les malheurs de la vie. Pour eux la vie continue.

Mais l’état de ce quartier donne le sentiment que le temps s’est arrêté dans les années 50. La peinture défaite, la rue qui ressemble plus à une piste, les portes en bois, les fenêtres sans double vitrage… autant de signes extérieurs qu’aucuns travaux n’ont été entrepris ici depuis longtemps. Comment voulez vous que les gens aient confiance dans le rôle des élus ?
A la porte d’une de ces maisons, une jeune femme est assise sur les marches de son entrée. Trente ans, le regard perdu dans le vide, avec de longs cheveux blonds, très fine, elle ne tourne pas la tête quand je m’approche d’elle. Je force un peu les présentations et j’apprends qu’elle travaille à Toyota Onnaing, l’entreprise de cet arrondissement qui emploie 3 950 salariés. Je rentre dans le vif du sujet :

- «Avez-vous fait votre choix pour les prochaines élections?»
- «Non» me répond-elle.
- «Je ne vote pas. Ca ne sert à rien. J’aimerai un peu plus d’écologie mais, de toute façon, ça ne sert à rien de voter. Je ne m’occupe pas de la politique», poursuit-elle.
Après un bref échange pour essayer d’éveiller son intérêt pour la présidentielle en lui expliquant que la politique, elle, s’occupe d’elle, je n’arrive pas à susciter son intérêt. Le regard reste perdu dans le vide. Je suis sur le point de la quitter et je lui lance :
- «Vous travaillez en poste à Toyota Onnaing?»
- «Oui»
- «Et si je vous proposais de travailler plus pour gagner plus, comme le propose M. Sarkozy et la droite, qu’est ce que vous en pensez?».
Elle tourne la tête alors vers moi, ouvre grand ses yeux comme si je l’avais blessée et me répond d’une voix tout d’un coup ferme et déterminée.
«Ah ça non. Je suis cassée par le travail. Je veux gagner plus, tout court. On n’est pas assez payé. Je veux que mon salaire augmente pour les heures que je fais parce que c’est dur et parce qu’on est sous payé!».

C’est à ce moment que j’ai ressenti quelque chose dans ses yeux. C’était de la colère. Tout simplement. Et elle avait raison d’être en colère. Nous avons pu ensuite discuter des élections.

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vendredi, 26 janvier 2007

Combats ou coups bas?

On nous avait promis un débat d’idées, une campagne projet contre projet… Sauf que depuis que la campagne pour la présidentielle a vraiment commencé (c’est-à-dire depuis la désignation de Nicolas Sarkozy comme le candidat de l’UMP), on attend encore. Et les récentes affaires de ces derniers jours ne laissent augurer rien de bon.

Listons les ensemble :

  1. Ségolène Royal obligée de dévoiler son patrimoine après une campagne sur internet et des mails qui sont venus on ne sait d’où ; rumeurs sur la fragilité, voire l’inexistence, du couple Royal-Hollande ;
  2. Nicolas Sarkozy soupçonné d’utiliser les RG pour enquêter sur l’entourage de Royal ;
  3. livre noir du PS sur le bilan du ministre de l’Intérieur,
  4. création d’une cellule pour relever les bourdes de la candidate socialiste parce que dixit un membre du staff  de  Sarko « on veut trouver des angles d’attaque et pas répéter les erreurs de Fabius et Strauss-Kahn qui l’ont attaqué sur un plan personnel.»… Une cellule efficace puisque dans les rédactions, il ne passe pas une journée sans que l’on reçoive des mails argumentés sur telles ou telles déclarations de Ségolène Royal.


Ne soyons pas angéliques, on le sait, une campagne électorale, c’est quelque chose de violent, c’est un affrontement idéologique majeur dans le temps politique. Ceci étant dit, les Français n’oublieront pas qu’on a leur a promis une campagne différente basée sur les idées. Or regardons un peu ce qu’il se passe : Nicolas Sarkozy a déjà avancé une bonne partie de son programme (des proches assurent toutefois qu’il a en réserve de « nouvelles propositions majeures »), et Ségolène Royal n’a pas terminé son débat participatif. C’est comme si Michael Schumacher avait terminé ses tours de chauffe alors que Fernando Alonso en était toujours à régler le moteur de sa Formule 1. Il est difficile de savoir qui a la meilleure voiture.

Quant aux autres, on ne les entend pas non plus sur leur programme pour le moment : François Bayrou insiste dans sa posture « Moi, François, seul contre les médias » puisque ça fonctionne, Marie-George Buffet doit assumer le rôle de celle qui a tué la candidature unique antilibérale, Dominique Voynet n’incarne toujours pas l’écologie au-delà des seuls Verts, et les Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan, Olivier Besancenot, Arlette Laguiller et consorts se battent pour exister.

Rarement une campagne n’a commencé de manière aussi virulente. Quelle tournure prendra-t-elle ? Difficile de se faire une idée tant que tous les programmes ne sont pas finalisés. On se souvient qu’en 2002, c’est la fin de campagne qui avait été vampirisée par les questions de sécurité. En tout cas, Quitterie Delmas (UDF) qui officie aussi sur ce blog, s’est déjà posée la bonne question en se demandant si le programme de la droite n’était pas juste de battre la gauche, et inversement.

N’oublions pas non plus qu’il y en a un qui continue de mener campagne à son rythme, surfant toujours sur les déçus de la politique, et en se disant que si la campagne continue comme ça, c’est tout bénéfice pour lui.

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