Avertir le modérateur

lundi, 19 mars 2007

Sarkozy, Royal, Bayrou : tiercé dans l'ordre ou dans le désordre ?

En 1995, le tournant a eu lieu fin février quand Jacques Chirac rattrapait puis dépassait Edouard Balladur dans les intentions de vote. En 2002, ce furent les trois dernières semaines de campagne qui furent décisives avec l'ascension de Jean-Marie Le Pen et l’effondrement de Lionel Jospin. En ce qui concerne 2007, rien n’est figé et tous les scénarios restent possibles : on croit connaître le tiercé, mais en aucun cas l’ordre. Après une longue phase de précampagne où Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy semblaient hors de portée de leurs poursuivants, le «trou d'air» de la candidate socialiste, puis la poussée spectaculaire de François Bayrou, et plus récemment la baisse de Sarkozy ont remis les compteurs à zéro. Le point sur la semaine écoulée.

 

1.  Baisse des intentions de vote vers Nicolas Sarkozy. Après ses déclarations sur le Ministère de l'immigration et de l’identité nationale, il a perdu 5 points en 5 jours selon Ipsos, 6 points pour la Sofres. Aujourd'hui, plus aucun institut ne le mesure au-dessus des 30%. S'il conserve partout la première place, l'écart avec ses poursuivants s'est réduit.

2.  Mobilisant de mieux en mieux l'électorat UDF qui a petit à petit déserté Sarkozy, bénéficiant aussi d'un soutien du quart des sympathisants socialistes, et d'environ 10% des proches de l'UMP, François Bayrou continue de progresser. Chez Ipsos, il a encore gagné 4 points entre le 9 et le 16 mars. Le reflux annoncé par une enquête CSA n’est pas encore confirmé ailleurs. Avec la publication de sondages de second tour le donnant en tête face à Nicolas Sarkozy (55%/45% chez BVA), la dynamique favorable au candidat centriste pourrait bien se poursuivre, grâce au "vote utile stratégique" des électeurs allergiques à Sarkozy.

3.  Après une période de stabilité au-dessus des 25%; les soutiens de Ségolène Royal semble à nouveau s’éroder. Les dernières enquêtes Ifop et Ipsos la donnent à égalité avec François Bayrou, à 23%. Elle pourrait profiter de son exposition télévisuelle sur France 2 ce jeudi pour regagner quelques points, comme après toutes ses grandes sorties médiatiques (Villepinte, émission de TF1..). Surtout, une progression de Jean-Marie Le Pen en fin de campagne comme en 2002 pourrait remobiliser son camp en favorisant pour elle un "vote utile identitaire", pour éviter un nouveau 21 avril, sans gauche au second tour.

4.  Reste Le Pen, en embuscade. Gros outsider, les instituts ne le voient pas pour le moment à l'arrivée. Pointé entre 12 et 14%, il se situe toujours à des niveaux plus élevés que ceux mesurés en 2002 à la même époque (10%). Une progression en fin de campagne n'est évidemment pas à exclure. Pour autant, nous pensons toujours que 20% constitue un plafond pour sa candidature, eu égard son score du second tour en 2002 (18%). Vu les performances de ses trois adversaires, il semble aujourd'hui peu probable que la qualification pour le second tour se joue sous ce seuil.

 

En tenant compte en plus des marges d'erreurs de l'outil sondage, de plus ou moins trois-quatre points, la course est très ouverte. Aujourd'hui, le turfiste averti jouerait plutôt le trio que le tiercé. Pour l’opinion, l’élection de 2007 est encore loin d’être jouée.

 

 

 

7-8 mars

Sofres

8-9 mars

Ifop

9-10 mars

LH2

12-13 mars

BVA

14 mars

CSA

13-15 mars

Ipsos

Sarkozy

27

28

28

29

27

29

Royal

25,5

23

26

23

26

23

Bayrou

23

23

22

21

21

23

Le Pen

12

13

13,5

13

14

13

 

 

medium_medium_lefil.jpg

 

13:10 Publié dans Le Fil | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : sondage, sarkozy, royl, bayrou, le pen

mardi, 06 mars 2007

Des leçons de l'Amérique?

Vous pensiez que le niveau du débat de la campagne présidentielle française avait touché un fond. Un petit tour ailleurs est parfois instructif. Au hasard, Rendons-nous aux Etats-Unis. Là-bas, l’élection présidentielle se déroule à l’automne 2008. Mais le long processus de désignation des candidats démocrates et républicains a déjà commencé.

Côté démocrates, trois têtes d’affiche : John Edwards, Hillary Clinton et Barak Obama. Côté républicains, John McCain et Rudolf Giuliani. Dans cette longue course à la Maison Blanche, tous les coups bas et les dérapages sont permis.

Exemple, relayé comme il se doit par YouTube: la sortie de route d’Ann Coulter, une polémiste très à droite déjà à l’œuvre dans les embarras extraconjugaux de Bill Clinton. Lors d’une conférence, elle traite le démocrate John Edwards, co-listier John Kerry lors de l’élection de 2004, de «pédé».

Le magazine Slate décrypte les «Coulterisms», la publicité qui est faite dans les médias, etc. Et nous, on a Le Pen et ses «chapons, qui ne font plus couler d'«encre». Comment traiter ces dérapages, faut-il en parler ou pas?

medium_medium_johan.2.jpg

 

vendredi, 23 février 2007

Le programme FN 2007, ruptures républicaines et continuité frontiste

C’est dimanche que Jean-Marie Le Pen se rend à Lille pour y présenter son programme électoral. Mais celui-ci est d’ores et déjà accessible sur le site internet de son parti. Petite fiche de lecture :

A première vue, ce document de 79 pages est tout ce qu’il y a de plus sérieux et «classique». Elaboré par vingt Commissions d’action présidentielle (CAP) thématiques, il décline pour chaque thème un grand A «constat» et un grand B «Mesures». Clair et efficace. Le ton est posé, les propositions sont exposées sans passion, presque de façon technocratique. Le document est rythmé par des «capsules» qui indiquent le gain estimé pour chaque mesure. A l’évidence, le Front national tente de concrétiser, à travers son programme, la respectabilité et la crédibilité qu’il recherche depuis plusieurs mois. Certains chapitres anodins, comme celui sur les transports, pourraient être dans les projets de l’UDF, du PS ou de l’UMP. Ainsi n’avait-on pas entendu souvent Jean-Marie Le Pen s’enflammer – c’est le cas de le dire – pour la «desserte de l’ensemble du territoire par la généralisation du couplage SNCF-autocars», la «limitation des élevages en batterie» (la patte – à nouveau le cas de le dire - de BB ?) ou «les procédures d’approche et d’attente des avions» dans les aéroports. Le Pen va même jusqu’à promettre des actions de prévention contre le Sida «en direction des communautés à risque». On est loin des déclarations de 1987 sur le «sidaïque» caricaturé en «espèce de lépreux». Après la vierge Jeanne d’Arc et l’orphelin, Le Le Pen 2007 serait-il devenu le défenseur de la prostituée africaine et de l’homo?

Mais regardons le programme dans le bleu-blanc-rouge des yeux. Le principal engagement de Le Pen reste «l’arrêt de l’immigration» déclinée dans chaque page du programme. Un leitmotiv noyé au milieu d’autres mesures. Ainsi entend-il plus que jamais mettre en œuvre la préférence nationale et l’inscrire dans le marbre de la Constitution. Les étrangers n’auraient plus le droit à aucune aide sociale ou allocation familiale. Quant au droit du sol, il serait remplacé par le droit du sang. Sous le verni du Le Pen light pointent donc de nombreuses propositions traditionnelles de l’extrême droite nationaliste et patriarcale. Entre autres mesures : -la sortie de la France de l’espace Schengen -le rétablissement de la peine de mort -la construction de 75.000 places de prison supplémentaires -la création d’une «présomption de légitime défense» pour les forces de l’ordre -la relance de la natalité française par la création d’un revenu parental qui permet à la femme au foyer de toucher le SMIC pendant trois ans pour le premier enfant (et renouveler la mise en développant la portée de têtes bien blondes) -le rétablissement de la liberté d’opinion et d’expression dans les universités (ben, à quoi peut-il bien penser ?)
-une «législation pour lutter contre les attaques médiatiques dont est victime l’Armée française.

Converti au républicanisme depuis son discours de Valmy en septembre, Le Pen prend bien soin de refuser «le communautarisme» et de réaffirmer le «principe de laïcité». Mais rassure aussitôt son électorat intégriste en s’affichant contre l’interdiction du clonage thérapeutique et en réaffirmant «le droit de la personne à être protégé par la loi de sa conception à sa mort naturelle».

Quant aux finances du pays, Le Pen est plus que jamais de «droite économiquement», comme il le répète à l’envie : baisse des impôts sur les particuliers, retraite à 65 ans, «desserrement de l’étau fiscal» sur les entreprises, suppression des 35 heures. Seul le patriotisme économique éloigne le Front national du libéralisme. Contre la BCE, les institutions internationales, l’Europe et «le capitalisme spéculatif et financier», l’économie frontiste redevient étatiste. A l’image de sa diplomatie farouchement anti-américaine qui préconise un retrait de la France de l’OTAN, «la dénonciation des nouveaux impérialismes» et la solidarité avec les patriotes africains ou sud-américains. Dans ce domaine, seule la volonté de renforcer les liens diplomatiques avec la Russie – «conformément à nos traditions» - rappelle qu’il ne s’agit pas d’un manifeste altermondialiste.

medium_signatureblog.jpg

vendredi, 02 février 2007

Le paradoxe Le Pen

Tous les indicateurs montrent que Jean-Marie Le Pen reste sur une dynamique politique favorable. Plus d'un Français sur quatre se dit «d'accord avec ses idées». Mesuré aujourd’hui entre 11% et 14% dans les intentions de vote, il atteint des niveaux supérieurs à ceux enregistrés en janvier 2002 (entre 8 et 11%). Dans la lignée des élections de 1988 (14,4%), 1995 (15%) et 2002 (16,9%), il devrait une nouvelle fois faire un bon score, entre 15 et 20%. Ce dernier chiffre constitue toutefois un plafond difficilement dépassable, comme en témoigne le second tour de 2002 (17,8%).

Or ni Ségolène Royal ni Nicolas Sarkozy ne semblent courir le risque de tomber sous ce seuil de 20%. Chacun dispose en effet au sein de son camp de soutiens beaucoup plus fermes et élevés que ceux dont disposaient Lionel Jospin et Jacques Chirac à l'époque. Avec des intentions de vote entre 32% et 35%, soit quasiment le total des voix Balladur et Chirac de 1995, Nicolas Sarkozy bénéficie d’une mobilisation de et d’un niveau d’adhésion sans comparaison à ceux de 2002. Le candidat UMP capte en outre aujourd’hui plus de 20% des électeurs lepénistes dès le premier tour, amputant le leader frontiste d’une partie de ses ressources.

Malgré le "trou d’air", Ségolène Royal reste à des niveaux jamais atteints par Lionel Jospin (de 26 à 29% contre 22-24%). Même avec la candidature de Bové, les désistements de Taubira et Chevènement limitent la dispersion. En outre, la mémoire du 21 avril et «l’effet remords» qui en découle, devraient jouer en faveur d’un vote utile dès le premier tour.

En somme, et à deux mois et demi du scrutin, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal captent à eux deux plus de 60% des intentions de vote (Jacques Chirac et Lionel Jospin n'en recueillaient que 48% en janvier 2002, et 36,7% le jour du scrutin). A moins d'un événement de campagne imprévisible et destructeur pour l'un des deux principaux candidats, anticiper la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour peut être un argument politique de mobilisation, mais en aucun cas résulter de la lecture des sondages pré-éléctoraux.

•• Notre prévision : Jean-Marie Le Pen ne sera pas au second tour de la présidentielle ••

 

medium_lefil.jpg

 

lundi, 29 janvier 2007

2007=2002+5 ?

Y aura-t-il un 21 avril caché en avril 2007 ? Ce soir de tonnerre-là, les électeurs ont adressé trois messages aux responsables politiques. D’abord, ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir fait voté. Rien n’est joué en avance, surtout quand 14% des électeurs font un «vote d’isoloir», marquant leur hésitation jusqu’au moment de glisser leur bulletin. Ensuite, ils ont sanctionné l’ensemble des partis de pouvoir, et non pas seulement le futur résident permanent de l’île de Ré, Lionel Jospin. Le cocktail de 2002, c’était un tiers d’abstentions, un petit tiers de votes aux extrêmes et un gros tiers de votes pour le quintette des partis de gouvernement (PCF, verts, PS, UDF, UMP). Enfin, l’esprit de mai a eu beau marqué son rejet de Jean-Marie Le Pen, l’extrême droite était et reste une force sur laquelle il faut compter.

Aujourd’hui, le spectre d’avril hante toujours les débats et les stratégies de campagne. Nicolas Sarkozy veut aller chercher un à un les électeurs Le Pen. Ségolène Royal veut rompre avec l’autisme de Lionel Jospin en écoutant d’abord le peuple de gauche avant de proposer. Cela semble leur profiter puisqu’ils cumulent 66% des intentions de vote au 1er tour en janvier. On pourrait même parler d’un retour de désir pour la politique puisqu’en janvier  74% des sondés se disent intéressés par la campagne contre 67% en avril 2002. L’extrême gauche est cantonnée à son carré de fidèles et à son poids désormais assez stable de 5%. Difficile de la voir s’ériger en deuxième gauche, capable de renverser la reine Royal. Mais doit-on vraiment prendre ces sondages au pied du chiffre ?

Premièrement, l’électorat a bien envie de politique mais pas tant que ça de sa classe politique. Elle continue à être décriée : 60% la considèrent plutôt corrompue et plus de 80% des Français pensent qu’elle ne s’occupe pas des problèmes qui les concernent. 65% des électeurs sondés dans le BPF n’ont confiance ni en la gauche, ni en la droite pour gouverner le pays. Ce n’est pas pour rien qu’ils veulent la voir changer avec plus de femmes, plus de jeunes, ou de personnes issues de l’immigration. L’énarchie ne fait plus recette. 

Deuxièmement, même si la gauche se rassemble derrière la candidate socialiste, est-ce parce qu’elle convainc ou bien parce que le 21 avril incite au vote utile ? Le « camp des travailleurs » s’est-il vraiment réconcilié avec les socialistes ?

Troisièmement, Le Pen n’a pas disparu derrière les politiques de sécurité de Nicolas Sarkozy, bien au contraire. Les intentions de vote sont plutôt défavorables au leader du FN (quoique, avec 13% des votes possibles en janvier 2007, il est en avance de 4 points par rapport à janvier 2002). Mais il  se banalise, notamment avec la persistance chez certains électeurs de l’effet crise des banlieues. Il n’a plus a tordre les faits pour qu’ils lui conviennent, d’autres s’en sont chargés pour lui.

Conséquence, sa marge de progression est grande puisque deux fois plus d’électeurs se disent d’accord avec ces idées qu’ils ne disent voter pour lui. Décidément ce spectre d’avril est bien difficile à exorciser…

medium_vincent.jpg
 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu