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mercredi, 02 mai 2007

Sarkozy favori, sauf révolution copernicienne

Au-delà de la mobilisation démocratique saluée par tous, et de la fiabilité prouvée des enquêtes d’opinion sur lesquels nous ne reviendrons pas, trois enseignements politiques essentiels se dégagent du scrutin du 22 avril :

1. Le premier tour place très nettement Nicolas Sarkozy en position de favori. Le candidat de l’UMP a réussi la mobilisation de toutes les droites et bénéficie d’un rapport de force électoral (même en partageant l’électorat de François Bayrou) particulièrement favorable dans la perspective du second tour.  
2. L’extrême gauche a raté une occasion historique de prendre place dans le paysage politique français, du fait de ses divisions. Rassemblée autour d’un seul candidat, elle aurait pu talonner, voire dépasser le FN, ce qui aurait constitué un événement considérable. Ses querelles de clocher et de leadership l’en ont empêché.
3. La logique du vote utile identitaire a porté Ségolène Royal. Le souhait de voir la gauche présente au second tour a prévalu sur toute autre considération. Le Sondage Sortie des Urnes d’Ipsos est particulièrement clair sur ce point : quand 60% des électeurs sarkozystes disent que leur principale motivation de vote fut « le projet », 52% des électeurs de Ségolène Royal mettent d’abord en avant « l’appartenance politique » de la candidate.

Les enquêtes de second tour, auxquelles ont peut faire confiance au vu de la justesse de celles du premier tour, la situent autour de 46% : un handicap qui nous paraît impossible à renverser en quinze jours, dans un contexte où les réserves abstentionnistes sont nulles et où le taux de fermeté du choix pour le second tour dépasse les 90%. En France comme aux Etats-Unis, le débat d'entre-deux tours n'a jamais inversé le rapport de force; en général il conforte simplement les électeurs de chaque camp. Les quinze jours de campagne ne pourront donc suffire à inverser une tendance clairement favorable à Nicolas Sarkozy. Du coup, seul un «accident» ou un acte politique lourd peuvent modifier le cours des choses. Deux hypothèses sont envisageables pour ce type de scenarii:

•    une lourde erreur de comportement de Nicolas Sarkozy, qui le ferait apparaître comme trop «nerveux», ou «brutal», en réactivant ses traits d’image négatifs : disons le nettement, nous n’y croyons guère au vu de son excellente capacité à se maîtriser, à maîtriser sa communication et son discours. Nicolas Sarkozy paraît trop «fort» pour commettre les erreurs attendues par ses adversaires.

•    un pari stratégique et politique de la part de Ségolène Royal, celui d’annoncer dans les jours qui viennent aux Français qu’une fois élue elle nommera François Bayrou Premier ministre. Cela est peut-être pour elle la seule manière de s’assurer un report suffisant –c'est à dire quasi intégral- des voix centristes du premier tour sur son nom. Au vu des reports de voix dans les enquêtes d'intentions de vote second tour, ni son projet, ni sa personnalité ne suffisent. Une initiative de ce type ne rendrait pas la victoire certaine mais à l’évidence la défaite moins sûre, si l’on se souvient que tous les sondages pointaient François Bayrou largement vainqueur dans l’hypothèse d’un duel de second tour avec Nicolas Sarkozy. Cette stratégie, qui consiste à remettre en cause  quarante ans d’alliances et de comportements politiques pour conserver une chance de l’emporter, nous parait toutefois très peu probable. Sous réserve de ce retournement d'alliances, nous pensons que Nicolas Sarkozy sera le prochain Président de la République française.


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vendredi, 27 avril 2007

Certains ont-ils intérêt à transformer cette campagne en vaudeville ?

Je suis halluciné par le jeu auquel se livrent certains. Nous avons eu dimanche une belle étape pour la démocratie : forte participation, beau score de premier tour et net recul d FN. Tout pour faire pendant 15 jours un beau débat entre deux projets.

Et depuis que se passe t il ? Une pièce de tartuffe ! Il y a 10 jours Ségolène Royal critiquait avec violence Francois Bayrou ; aujourd'hui elle soutient qu ils ont des convergences. On nous prend pour des ânes. Segolene royal tombe dans le jeu des combinaisons politiciennes ! Elle déjeune en ville avec DSK pour la jouer "aimons nous folle vie". Pendant ce temps Nicolas Sarkozy est en visite dans un chantier du bâtiment ... No comment !

Le plus scandaleux, ce sont les accusations de pression sur la PQR ou Canal plus. En résumé, ils jettent en l'air des rumeurs pour faire croire que Nicolas Sarkozy a exercé des pressions sans avancer la moindre preuve. C'est juste digne des procès de Moscou. On lance une rumeur et on vous dit "prouvez votre innocence" ! C'est parfaitement honteux !

Ségolène royal a par exemple dit que le patron du syndicat de la PQR avait ete convoqué par Nicolas Sarkozy ... Sauf que comme il l'a lui même indiqué dans une dépêche AFP, le dit-patron était à un meeting devant 500 personnes. Je suis surtout énervé parce que je ne voudrais pas que l'on nous fausse ce débat de 2ème tour qui doit être un débat sur le fond entre deux projets et pas un vaudeville.

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vendredi, 06 avril 2007

C’est Pas de Chance

Le Contrat Première Chance de Ségolène Royal est le dernier avatar du n’importe quoi en matière d’accès à l’emploi pour les jeunes. Cette mesure « phare » du programme de la candidate socialiste illustre le vide sidéral de son approche de la jeunesse. Par son CPC, Madame Royal stigmatise les jeunes en considérant à priori comme perdu ceux qui sortent du système scolaire sans qualification.

 Non contente de subventionner la précarité, Madame Royal, jusque dans le choix du nom de ce nouveau contrat gadget : CPC, montre qu’elle n’a tiré aucun enseignement de la crise du CPE. Je reste sans voix devant sa capacité à vouloir infantiliser les Français en particulier les plus jeunes d’entre nous. Nous ne voulons pas être pris par la main mais que soient créées, en France, les conditions favorables pour nous permettre de devenir adulte, de pouvoir construire, d’avoir le sentiment de réussir, d’être autonome.

Si, militant de l'UNI, j’ai décidé de soutenir Nicolas Sarkozy, c’est parce qu’il veut nous sortir de la spirale de l’assistanat en remettant le travail au cœur de la société et en faisant de la formation un enjeu national. Madame Royal avec son C’est Pas de Chance nie les valeurs qui sont celles que je partage avec tous les jeunes : liberté, dignité, mérite, effort et goût du risque alors que Nicolas Sarkozy les incarne. Ce que je veux, ce que les jeunes veulent c’est qu’ensemble tout devienne possible.

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samedi, 31 mars 2007

Un taux d’élucidation qui élude la réalité

L’affaire des incidents de la gare du Nord illustre parfaitement un des points que j’ai expliqué dans le journal de vendredi concernant le bilan du ministre de l’Intérieur : le taux d’élucidation de la police ne reflète que les affaires que les policiers pensent avoir résolues et non pas les affaires résolues.


Je m’explique. Quand les policiers arrêtent un type qu’ils soupçonnent d’avoir commis un certain nombre de délits, qu’ils l’interrogent et qu’ils font en sorte qu’ils soient renvoyés devant un tribunal, évidemment qu’ils pensent ne pas se tromper. Mais bon, ça ne se passe pas toujours comme ils le pensent. Il y a plein de raisons – bonnes ou mauvaises, ce n’est pas le propos - qui font que le type en question n’est pas condamné par le tribunal. Toutefois, ce n’est pas parce que le type est relaxé, que le taux d’élucidation est corrigé, lui. Il n’y a pas d’interaction entre les statistiques de la police et celles de la justice.


On en revient à l’affaire de la gare du Nord. L’actuel ministre de l’Intérieur balance que l’homme interpellé à l’origine des incidents est un multirécidiviste condamné à 22 reprises et entre illégalement sur le territoire français. Sauf qu’on a appris depuis que François Baroin s’était basé sur les fiches de la police et qu’il était à côté de la plaque. Quand le véritable dossier judiciaire du suspect a été connu, on s’est rendu compte du fossé : le mec n’a été condamné « que » sept fois pour des délits mineurs et il n’était pas en situation irrégulière, le tribunal administratif ayant annulé une procédure de reconduite à la frontière.


Entre-temps, tout le monde s’est gargarisé ou écharpé sur les infos balancées par le très temporaire ministre de l’Intérieur. Même sur ce blog, on a pu lire ceci dans la note précédente écrite par Laurent Lécollier, militant de l’UNI : « Au fait le pauvre resquilleur, si l’on écoute les déclarations de la gauche, serait presque une victime. Dans les faits il s’agit plus simplement d’un homme en situation irrégulière et très défavorablement connu des services de police. Le sens de la mesure et de la responsabilité étant ce qu’ils sont à gauche et en particulier chez Ségolène Royal, elle s’est emparée du sujet pour tenter de déstabiliser Nicolas Sarkozy, je dois dire en pure perte. »


Voilà donc ce que peut devenir, à droite comme à gauche, « le sens de la mesure et de la responsabilité » lors d’une campagne électorale. Quant à l’expression « très défavorablement connu des services de police », on se rend compte à quel point elle peut être éloignée de la réalité. En l’occurrence, dans l’affaire qui nous préoccupe, le seul sens qu’elle peut avoir, est politique. Uniquement politique.

 

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dimanche, 25 mars 2007

Vote utile… identitaire ou stratégique ?

Le vote utile sera un des déterminants des comportements électoraux de l’électorat de gauche le 22 avril. Dans ce domaine, deux logiques s’affrontent : celle du vote utile « identitaire » et celle du vote utile « stratégique ». La clé du premier tour tient de cet arbitrage. Le vote utile « identitaire » doit s’entendre comme le réflexe de l’électorat de gauche d’éviter un nouveau 21 avril, et l'absence de la gauche au second tour. Ce comportement réduit l’espace politique de la gauche de la gauche (7% aujourd’hui pour 10,4% le 21 avril 2002 selon le dernier sondage Ipsos) et profite à la candidate socialiste. Il constitue sans doute un argument majeur de vote en faveur de Ségolène Royal, qui lui permet d’afficher aujourd’hui un taux de mobilisation des sympathisants PS (70%) meilleur que celui recueilli par Lionel Jospin le 21 avril 2002 (47%).

Le vote utile « stratégique » peut se définir quant à lui comme le vote privilégiant la meilleure solution pour battre Nicolas Sarkozy. Il profiterait à François Bayrou, mieux placé dans les enquêtes d’intentions de vote second tour et expliquerait le ralliement d’une partie des sympathisants socialistes à l’élu béarnais. Que de tels électeurs stratèges existent ne fait pas de doute. Pour autant, ce vote utile stratégique nous semble moins important que le vote identitaire, et en perte de vitesse. En effet, la publication régulière depuis janvier d'enquêtes de second tour donnant Ségolène Royal battue face à Nicolas Sarkozy, et qui dans le même temps mesurent François Bayrou en tête, devrait alimenter le siphonage de l'électorat de gauche vers le leader centriste. Or, si au plus fort de sa percée François Bayrou captait le soutien de 25% des proches du PS, ce taux est aujourd'hui retombé à 15%. Après une progression de 10 points en un mois et demi sur l'ensemble de l'échantillon Ipsos (jusqu'à 24%), il en a perdu 5 cette semaine (19% au dernier pointage).

L'explication de ce reflux se trouve peut-être dans les pronostics de victoire. Malgré les enquêtes favorables, la conviction que François Bayrou pouvait gagner ne s’est pas imposée dans l’opinion, y compris au sein de son électorat : le 16 mars, seuls 22% des personnes déclarant une intention de vote pour lui au premier tour pensaient qu’il serait élu le 6 mai (Ipsos). Au final, la résistance actuelle de Ségolène Royal dans les enquêtes, alors même qu’elle s'est trouvée un temps à égalité avec Bayrou, et la dynamique défavorable cette semaine du candidat de l’UDF dessinent assez nettement à un mois du premier tour la prévalence d’un vote identitaire politique sur un vote stratégique transgressant les appartenances.

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mardi, 20 mars 2007

Le tuning, les poupées en porcelaine et Nadine Morano

Le web pour contrer les oukazes sarkozystes. Vue sur l’Internet, notamment ici ou , cette initiative d’un «collectif de Jeunes Pop qui voulons le retour de Nadine Morano» : le blog «Nadine revient», en hommage à la députée de Meurthe-et-Moselle passée de l’omniprésente et médiatique lumière au déprimant et solitaire oubli, par la volonté du candidat UMP. Au début, on croit à une blague, tant les centres d’intérêts des pro-Morano figurent un alliage détonant : tuning, porcelaine et UMP. Un sentiment qui s’accroît à la vue de la pétition mise en ligne sur le site lapetition.be. Le texte un brin parano, qui expliquerait la «sanction» par l’emballement contre la championne de «la meute gauchiste» sur d’obscurs forums, n’a été signé en tout et pour tout que par 15 personnes. 

Mais, au vu du cri de victoire prononcé le 9 mars dernier, l'on pense qu'il s’agit bien d’un blog au premier degré, se targuant de 10.000 visites. Et de se féliciter: «Grâce à notre mobilisation, Nicolas a enfin compris qu'il devait reprendre Nadine Morano dans son équipe! Bravo!» Effectivement, depuis quelques jours, nous assistons au retour sur les écrans médiatiques de la sémillante députée.

Coup de théâtre, Nadine Morano est totalement furax de l’initiative. Contactée, elle dit «avoir été mise au courant récemment». «J’ai tout de suite prévenu la Cnil et envoyé un fax à Google en Californie [propriétaire de  Blogspot, l’hébergeur de «Nadine revient»]. Je leur ai envoyé un message et on ne m’a jamais répondu. C’est n’importe quoi! Je me demande si ce n’est pas un ennemi qui est l’auteur de tout ça».

 

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lundi, 19 mars 2007

Moi, jeune sarkozyste


Au Zénith, Nicolas Sarkozy s’est exprimé devant 10 000 jeunes mais s’adressait personnellement à chacun d’entre-nous et à moi en particulier.Enfin un discours qui n’est pas clientéliste, dans lequel on ne me promet pas la lune, mais où on me considère comme acteur de ma vie et français à part entière.
À force, je pensais qu’être « jeune » c’était demander, demander encore et toujours. Demander pour obtenir toujours plus mais pas par ma créativité, mon travail ou mon mérite. Le culte de l’enfant roi n’a décidemment épargné personne pas même les politiques. Il faut dire qu’il est difficile de s’élever au dessus de la mêlée quand même nos profs, pour des raisons catégorielles, préfèrent manifester dans la rue plutôt que de nous faire passer nos bacs blancs. Etre jeune aujourd’hui c’est un statut ou on m’enferme, on m’apprend à avoir et pas à être, comme le voudrait Ségolène Royal.
Nicolas Sarkozy, au Zénith, a pris le contre pied du discours habituel sur la jeunesse. Il ne m’a pas détaillé une nouvelle liste d’avantages et d’acquis à venir, mais m’a dit, chiche, «bouge-toi» ! C’est la première fois dans cette campagne qu’un candidat à l’élection présidentielle me considère comme une personne et pas comme une catégorie de français dont le dynamisme ne s’exprimerait qu’à l’occasion de manifestations pour demander qui un salaire étudiant, qui des diplômes sans effort. Pour le coup, il y a une vraie différence entre le discours des autres candidats et celui de Nicolas Sarkozy quand il parle à la jeunesse. Il ne veut pas m’aider à rester jeune, à devenir un assisté ou pire un « ça me suffit », mais m’aider à devenir adulte et à prendre en main mon destin, parce que personne ne le fera à ma place. Finalement celui qui synthétise le mieux ce qu’à déclaré Nicolas Sarkozy et ce que je veux entendre, c’est Faudel : "Tu as donné envie aux jeunes d'écouter les politiques (...) Tu n'as pas eu peur d'exposer les vraies vérités. On connaît ton franc-parler. J'espère qu'avec ton énergie, tu pourras redonner aux jeunes l'envie de poursuivre leurs rêves."

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Sarkozy, Royal, Bayrou : tiercé dans l'ordre ou dans le désordre ?

En 1995, le tournant a eu lieu fin février quand Jacques Chirac rattrapait puis dépassait Edouard Balladur dans les intentions de vote. En 2002, ce furent les trois dernières semaines de campagne qui furent décisives avec l'ascension de Jean-Marie Le Pen et l’effondrement de Lionel Jospin. En ce qui concerne 2007, rien n’est figé et tous les scénarios restent possibles : on croit connaître le tiercé, mais en aucun cas l’ordre. Après une longue phase de précampagne où Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy semblaient hors de portée de leurs poursuivants, le «trou d'air» de la candidate socialiste, puis la poussée spectaculaire de François Bayrou, et plus récemment la baisse de Sarkozy ont remis les compteurs à zéro. Le point sur la semaine écoulée.

 

1.  Baisse des intentions de vote vers Nicolas Sarkozy. Après ses déclarations sur le Ministère de l'immigration et de l’identité nationale, il a perdu 5 points en 5 jours selon Ipsos, 6 points pour la Sofres. Aujourd'hui, plus aucun institut ne le mesure au-dessus des 30%. S'il conserve partout la première place, l'écart avec ses poursuivants s'est réduit.

2.  Mobilisant de mieux en mieux l'électorat UDF qui a petit à petit déserté Sarkozy, bénéficiant aussi d'un soutien du quart des sympathisants socialistes, et d'environ 10% des proches de l'UMP, François Bayrou continue de progresser. Chez Ipsos, il a encore gagné 4 points entre le 9 et le 16 mars. Le reflux annoncé par une enquête CSA n’est pas encore confirmé ailleurs. Avec la publication de sondages de second tour le donnant en tête face à Nicolas Sarkozy (55%/45% chez BVA), la dynamique favorable au candidat centriste pourrait bien se poursuivre, grâce au "vote utile stratégique" des électeurs allergiques à Sarkozy.

3.  Après une période de stabilité au-dessus des 25%; les soutiens de Ségolène Royal semble à nouveau s’éroder. Les dernières enquêtes Ifop et Ipsos la donnent à égalité avec François Bayrou, à 23%. Elle pourrait profiter de son exposition télévisuelle sur France 2 ce jeudi pour regagner quelques points, comme après toutes ses grandes sorties médiatiques (Villepinte, émission de TF1..). Surtout, une progression de Jean-Marie Le Pen en fin de campagne comme en 2002 pourrait remobiliser son camp en favorisant pour elle un "vote utile identitaire", pour éviter un nouveau 21 avril, sans gauche au second tour.

4.  Reste Le Pen, en embuscade. Gros outsider, les instituts ne le voient pas pour le moment à l'arrivée. Pointé entre 12 et 14%, il se situe toujours à des niveaux plus élevés que ceux mesurés en 2002 à la même époque (10%). Une progression en fin de campagne n'est évidemment pas à exclure. Pour autant, nous pensons toujours que 20% constitue un plafond pour sa candidature, eu égard son score du second tour en 2002 (18%). Vu les performances de ses trois adversaires, il semble aujourd'hui peu probable que la qualification pour le second tour se joue sous ce seuil.

 

En tenant compte en plus des marges d'erreurs de l'outil sondage, de plus ou moins trois-quatre points, la course est très ouverte. Aujourd'hui, le turfiste averti jouerait plutôt le trio que le tiercé. Pour l’opinion, l’élection de 2007 est encore loin d’être jouée.

 

 

 

7-8 mars

Sofres

8-9 mars

Ifop

9-10 mars

LH2

12-13 mars

BVA

14 mars

CSA

13-15 mars

Ipsos

Sarkozy

27

28

28

29

27

29

Royal

25,5

23

26

23

26

23

Bayrou

23

23

22

21

21

23

Le Pen

12

13

13,5

13

14

13

 

 

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13:10 Publié dans Le Fil | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : sondage, sarkozy, royl, bayrou, le pen

lundi, 12 mars 2007

Tirés d'affaires

Tiré d'affaires

Après les révélations du Canard Enchaîné sur les ristournes dont aurait bénéficié Nicolas Sarkozy de la part d’un promoteur immobilier, et celles sur la sous-évaluation du patrimoine immobilier du couple Hollande-Royal se pose une nouvelle fois la question de l’impact des «affaires» sur l’opinion. Disons le tout net : nous pensons qu’il n’y a plus d’effets de ce genre de révélations sur le rapport de force électoral. Les commentateurs qui en scrutent les conséquences, les acteurs politiques qui les espèrent sans le dire, nous semblent fonder leur jugement sur une croyance dépassée.

La mémoire collective française a pourtant gardé trace d’affaires particulièrement pénalisante pour ceux qu’elles concernaient : on pense à la feuille vierge d’impôts de Chaban-Delmas publiée début 1972 qui fragilisa considérablement sa candidature présidentielle ou encore aux révélations sur les diamants (et le fameux « bonsoir messieurs, bonsoir mesdiams » de Thierry Le Luron) qui précipita sans doute la défaite de VGE en 1981.

Mais depuis les années 70-80, le contexte d’opinion a considérablement évolué. D'après la Sofres, 60% des Français pensent aujourd'hui que les élus politiques sont «plutôt corrompus» ; ils étaient moins de 40% en 1977. Près d'une personne sur deux juge à présent la politique comme une « activité peu honorable » ; cette proportion a presque doublée en 20 ans.

Dit autrement, l’opinion a aujourd’hui un rapport tellement désabusé, presque cynique, au politique que le discrédit collectif épargne la stigmatisation individuelle. Etre impliqué dans une affaire n’est plus distinctif puisque l’ensemble de la classe politique est déconsidérée, gauche et droite confondues. Pour les Français, nourris des affaires « mitterrandiennes » (Urba, Mnef) d’un côté et « chiraquiennes » de l’autre (HLM de Paris, marchés publics truqués d’Ile-de-France - Méry, billets d’avion), la suspicion est généralisée et concerne la classe politique dans son ensemble.

A l’évidence, cette représentation du « tous pareils » - voire du «tous pourris» - pénalise les plus honnêtes en épargnant ceux qui le sont moins. En 2002, Lionel Jospin pensait l’emporter en misant sur l’intégrité, cf. le "présider autrement", avec "l'autre ment" en subliminal.

Avec ses casseroles, Jacques Chirac préside la France depuis 12 ans...Le subtil balancier du Canard, touchant une semaine la droite une semaine la gauche, ne peut que conforter l'immunisation globale des Français aux affaires.

Dès lors, et même si d'un point de vue moral on peut le regretter, l’appartement de Neuilly ne devrait pas fragiliser son propriétaire. Certes, l’affaire renforcera probablement les anti-sarkozystes, elle confortera le vote extrême droite, mais elle n’ébranlera pas les soutiens du candidat UMP. L’affaire de l’usage des RG à des fins personnelles n’a eu aucun impact. Celle de l’appartement devrait faire « pschitt » elle aussi. La sous-évaluation du patrimoine de Ségolène Royal pour diminuer l’ISF laissera à peine plus de traces, sur un électorat de gauche un peu plus sourcilleux sur les questions éthiques et plus sensible à l’exemplarité des comportements en matière fiscale.

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mercredi, 07 mars 2007

Webtélés des candidats : trois approches symptomatiques

Pendant qu'en France, on parle de l'élection dailymotion, les Etats-Unis sont en train de préparer, pour l'année prochaine, l'élection youtube. Jeff jarvis a décidé de suivre cet aspect de l'élection de près à travers un blog dédié, prezvid.  Il y suit l'actualité de l'usage de la vidéo en campagne, et la met en perspective d'usage, dans un espace de veille passionnant.

Pendant ce temps, en France, on voit plusieurs stratégies à l'oeuvre dans la campagne française :

Une volonté de contrôle total de l'agenda et du ton par Nicolas Sarkozy, avec sa NSTV qui fleure bon les années 80, une sorte d'ORTF du web. Volonté de contrôle d'une "vraie chaine de télé", qui est tempérée par la créativité et la volonté de jouer au journaliste fait parfois débarquer des petits couacs dans une machine de communication ultra huilée (pourquoi montrer ainsi l'équipe de jeunes loups de l'entourage de Sarkozy ? Pourquoi cette chaîne libre cours dont certaines vidéos font penser à des canulars ? Pourquoi créer ce drôle de truc, le jour jeune ?), Le format est celui de l'embedded, des coulisses, dans le souci de créer une sorte de connivence avec le spectateur. Spectateur seulement : le candidat ne parle pas directement sur NSTV, il est suivi par des journalistes, intermédié, observé, raconté par des tiers. On montre son équipe, ses locaux, ses déplacements. Il est étonnamment absent de NSTV, désincarné, le spectateur n'y a pas non plus beaucoup de place, de pouvoir. Aspect intéressant, à suivre, les décryptages et la chaîne sur la recherche, contenus rébarbatifs sur la forme, mais qui apportent du débat, du fond dans une chaîne très "publi reportage". Bref, un OWTNI (objet web télévisuel non identifié).

Coté Ségolène Royal, ce sont aujourd'hui surtout les images officielles qui circulent (plus que les vidéos de Nicolas Sarkozy, semble-t-il). On retrouve, géré par des militants, le site segolene-video, qui reprend tous les passages media de la candidate et les grands discours (il en existe de multiples clones, qui créent un effet d'écho sur le web). Assez peu de reportages en propre, à part ceux, au style étonnant, de FatCat Films, caméra épaule et premiers plans flous, comme pour les fameux voeux web de la socialiste (ça parait déjà si loin !). On attend, il parait, une grande série de petites vidéos qui mettrait en scène les cent propositions. On attend, on attend. Cent vidéos, en six semaines ? La vidéo chez Ségolène Royal, c'est l'inverse de NSTV : peu de contenus propres, pas d'hébergement centralisé. J'émets peu, je limite les contenus à mes discours, et je vous laisse diffuser de proche en proche. Cohérent avec le positionnement "miroir des désirs" et "autonomiste" de la candidate.

Chez Bayrou, sans grand étonnement, on est dans l'entre deux, dans une troisième voie. Le candidat a sa web télé, mais c'est une télé où il privilégie la parole directe, sans interlocuteur. Reportages de campagne non majoritaires, pas de "coulisses", mais plus d'évocations directes de sa personne et de ses propositions, par lui-même. Il tente donc d'abolir les frontières et de parler directement, ce que Ségolène Royal n'a fait que lors de ses voeux, et que Nicolas Sarkozy ne fait pas, s'adressant toujours à travers l'intermédiaire d'un Frèches ou d'un La Brosse. Il est, de ce point de vue, dans un registre plus proche de la web télé de David Cameron, dans une continuité certaine, également, de son positionnement d'homme sans intermédiaires. Notons que François Bayrou est pour l'instant le seul à tenir des tribunes, derrière son bureau, pour expliquer ce que sont les éléments de son projet aux internautes, "en exclusivité".

Je passe sur la télé de Jean-Marie Le Pen, qui fleure bon les années 60 (tout est fait en studio) ou le traitement intégral des meetings par les verts (qui ont diffusé un clip de campagne que je trouve raté). 

Les télés des candidats en disent beaucoup sur leur approche, leur positionnement. Un patron à l'agenda suractif, une candidate qui se retranche derrière la mobilisation de ses supporters, un homme qui se place directement face au peuple.

Reste à savoir ce que veulent les Français, ou, à tout le moins, les internautes.

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lundi, 05 mars 2007

Carnet de campagne (2)

Commune de Crespin, le 2  mars, à la frontière Belge. Porte à porte pour le vote Marie George Buffet. Il faut voir l’état des immeubles et des maisons de cette cité. En France, 6ème puissance économique au monde, au 21ème siècle, il existe encore des endroits où le sentiment d’abandon domine tout. Des familles, des ouvriers de chez Toyota, des employés communaux, des enfants, des personnes âgées habitent ici, avec leur fierté et leur dignité, avec les sourires et les malheurs de la vie. Pour eux la vie continue.

Mais l’état de ce quartier donne le sentiment que le temps s’est arrêté dans les années 50. La peinture défaite, la rue qui ressemble plus à une piste, les portes en bois, les fenêtres sans double vitrage… autant de signes extérieurs qu’aucuns travaux n’ont été entrepris ici depuis longtemps. Comment voulez vous que les gens aient confiance dans le rôle des élus ?
A la porte d’une de ces maisons, une jeune femme est assise sur les marches de son entrée. Trente ans, le regard perdu dans le vide, avec de longs cheveux blonds, très fine, elle ne tourne pas la tête quand je m’approche d’elle. Je force un peu les présentations et j’apprends qu’elle travaille à Toyota Onnaing, l’entreprise de cet arrondissement qui emploie 3 950 salariés. Je rentre dans le vif du sujet :

- «Avez-vous fait votre choix pour les prochaines élections?»
- «Non» me répond-elle.
- «Je ne vote pas. Ca ne sert à rien. J’aimerai un peu plus d’écologie mais, de toute façon, ça ne sert à rien de voter. Je ne m’occupe pas de la politique», poursuit-elle.
Après un bref échange pour essayer d’éveiller son intérêt pour la présidentielle en lui expliquant que la politique, elle, s’occupe d’elle, je n’arrive pas à susciter son intérêt. Le regard reste perdu dans le vide. Je suis sur le point de la quitter et je lui lance :
- «Vous travaillez en poste à Toyota Onnaing?»
- «Oui»
- «Et si je vous proposais de travailler plus pour gagner plus, comme le propose M. Sarkozy et la droite, qu’est ce que vous en pensez?».
Elle tourne la tête alors vers moi, ouvre grand ses yeux comme si je l’avais blessée et me répond d’une voix tout d’un coup ferme et déterminée.
«Ah ça non. Je suis cassée par le travail. Je veux gagner plus, tout court. On n’est pas assez payé. Je veux que mon salaire augmente pour les heures que je fais parce que c’est dur et parce qu’on est sous payé!».

C’est à ce moment que j’ai ressenti quelque chose dans ses yeux. C’était de la colère. Tout simplement. Et elle avait raison d’être en colère. Nous avons pu ensuite discuter des élections.

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mardi, 27 février 2007

Droit de suite patrimonial...

Mardi matin sur France inter, Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy, a répondu à «Pierre, de Dordogne», qui accusait son champion de «ne pas avoir tenu la promesse de publier le détail de son patrimoine». L’ancien commissaire au Plan n’a pas éludé la question et, apparemment sincère, a déclaré ne pas «s’être intéressé de près à la question» mais «avoir le sentiment que cela avait été fait», de «façon détaillé». De mémoire il y a cinq semaines, si l’on a souvenir que Nicolas Sarkozy devait publier cette déclaration de patrimoine détaillée «dans quelques jours» (cf. , ou même en vidéo là), sa trace me semblait depuis s’être perdue dans les «trous d’air» de l’actualité. Mais peut-être me trompais-je.

Puisque Henri Guaino le sous-entendait, il suffisait de le vérifier. Auprès de la communication de l’UMP, par exemple. «Oui bien sûr, c’est sorti dans L’Express il y a un mois». Mais la déclaration détaillée, ou juste le montant de l’ISF? «Ah non, pas plus que ça, je crois… Ecoutez, appelez Frank Louvrier». Et le directeur de la communication du candidat UMP de confirmer. «Oui, ça faisait deux pages dans Le Parisien et dans L’Express. Il y a même eu une dépêche AFP». Soit.Toutefois, après lecture des archives du Parisien depuis le 18 février (date de «l’emballement médiatique autour du patrimoine des candidats»), ainsi que de L’Express et des dépêches AFP, aucune trace de ladite déclaration. Des enquêtes, notamment le 25 janvier ici ou dans Le Point, avec des estimations réalisés par des journalistes. Mais pas le détail, par exemple de cette fameuse collection de timbre héritée du grand-père.

Survenue en cours de rédaction de ce billet, l’information (démentie) du Canard enchaîné à paraître mercredi, pourrait peut-être enfin convaincre le ministre de l’Intérieur à jouer la carte de la totale transparence.

 

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Des éléphants dans un magasin de porcelaine

La politique de la terre brûlée. C’est ainsi que les journalistes des quotidiens régionaux qualifient la venue de leurs collègues parisiens qui débarquent en province, bousculent tout sur leur passage et repartent sans s’inquiéter de savoir s’ils ont cassé quelque chose. C’est encore plus vrai lors d’un déplacement de Nicolas Sarkozy.

Exemple dans le Cher lundi. Le rendez-vous est donné à Mehun-sur-Yèvre, chez Pillivuyt, une manufacture de porcelaine, en début d’après-midi. Une partie des ouvriers (qui ont la particularité d’avoir repris et fait fonctionner eux-mêmes leur entreprise après le départ de leurs patrons) attendent devant l’entrée d’un des bâtiments. Ils voient grossir les rangs des journalistes au fil des minutes. « Il y en a combien comme ça », s’inquiète une employée.

Pour le moment, ils sont confiants, ils pensent pouvoir accéder au candidat, lui parler, lui serrer la main. Et puis ils voient la voiture du candidat arriver, ils regardent une nuée de caméras et de micros se diriger vers lui, l’entourer jusqu’à former un rempart. « Quand on voit les images à la télé, on ne sait pas que ça se passe comme ça », maugrée une ouvrière en blouse blanche.

medium_sarko3.jpgLe candidat entre dans l’usine avec son flot de caméras qui poussent les radios qui poussent les photographes qui poussent les journalistes de presse écrite (l’ordre peut être différent) qui poussent les ouvriers. L’endroit est rempli d’assiettes, de soupières, de tasses et l’expression « des éléphants dans un magasin de porcelaine » a rarement été autant appropriée.Nicolas Sarkozy est entouré de nombreux policiers et collaborateurs autour de lui, certains lui ouvrant la route et permettant à quelques-uns d’accéder au candidat, d’autres assurent les arrières et font en sorte que personne ne tombe, ne soit piétiné (oui, oui, c’est à ce point là) et que rien ne soit cassé. Et dans un tel endroit, ils ont du boulot.

« Ils sont fous ». C’est l’expression qui revient le plus souvent dans la bouche des ouvriers qui voient les journalistes coller aux basques de Sarkozy. Caméras et micros enregistrent tout. Au cas où il se passe quelque chose. Ils sont là pour faire de l’image, du son. Il y a 999 chances sur 1000 qu’il ne se passe rien d’intéressant, le type qu’il filme est quand même préparé à faire face à toutes les situations, mais on ne sait jamais, il faut être là au cas où…medium_sarko1.jpg

La position des journalistes de presse écrite est un peu plus aisée. On peut prendre le temps de discuter avec l’entourage du candidat, avec les élus locaux, avec les employés, essayer de comprendre les intérêts moins évidents de ce déplacement… On essaye de se glisser dans la meute de temps en temps pour capter une conversation. Quelques ouvriers font de même, ils parviennent à serrer la main du candidat, à lui arracher un bonjour, et alors ils s’extirpent de ce magma, tout contents de leur exploit.

Alors que viennent chercher tous mes médias ? Il y a une semaine, à Perpignan, Nicolas Sarkozy avait prononcé un discours bien musclé à droite. Là, cet après-midi, c’est le retour de Blum et de Jaurès auprès de la France qui se lève tôt, qui travaille dur et gagne peu. C’est en tout cas l’image qu’il vient « vendre ». Et que les médias viennent « acheter ». D’autant que Sarkozy n’est jamais avare d’une petite confrontation en tête-à-tête, mais filmée, avec quelqu’un qui n’est pas a priori de son bord politique. Comme cela se produit à Pillivuyt, il n’aime rien tant que se coltiner avec le syndicaliste local pour le mettre dans sa poche.

 

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C’est ce qui arrive également un peu plus tard en pays sancerrois, à la Maison des vins de Sancerre. Lorsque le responsable viticole local l’attaque bille en tête en lui disant en substance (ce ne sont pas ses paroles, mais la manière dont je les ai interprétées) : « Monsieur Sarkozy, vous buvez de l’eau, vous avez multiplié les contrôles d’alcoolémie, alors puisque vous n’aimez pas le vin et ceux qui le boivent, qu’est ce vous pouvez faire de plus pour tuer nos métier ? »

Juste le temps de hausser les épaules, de faire son petit rictus habituel avec la mâchoire et le candidat se livre à son exercice favori : répondre avec la même franchise que son interlocuteur, faire quelques promesses d’ordre catégoriel, asséner sa vérité et surtout finir par lui démontrer que finalement leurs positions ne sont pas si éloignées alors que ce n’était pas gagné au départ. Généralement, en face, l’autre ne sait plus quoi répondre.

Sauf que tout cela se passe dans un cadre très maîtrisé où Nicolas Sarkozy a toujours le dernier mot. A Sancerre par exemple, au milieu des milliers de gens venus l’acclamer, une quinzaine de membre du Réseau éducation sans frontières ont été rapidement évacués par les forces de l’ordre de la place où était attendu le candidat. Leur banderole a même été déchirée et les « perturbateurs » tenus à l’écart durant la visite. Finalement, la confrontation, c’est bien, mais quand l’issue est connue à l’avance, c'est encore mieux.

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(photos : Thomas Caplain/20minutes)

lundi, 26 février 2007

« Qu'on supprime l'élection présidentielle »

medium_aleveque.jpgC'est un fait : l'humoriste Christophe Alévêque (photo : Julien Cassagne) a le cœur à gauche. Mais que ce soit dans les émissions de Laurent Ruquier ou dans ses spectacles, il n'épargne personne de sa verve caustique. Dans son livre sorti début février Surtout, n'oubliez pas d'avoir peur (Editions du Panama), il compile pensées et petites phrases définitives sur tous les sujets de société. Avec la présidentielle en toile de fond. Pour 20 Minutes, il revient sur certaines de ces pensées et les décrypte.

« Ségolène Royal a remporté les primaires socialistes avec 61% des voix. 61% des militants socialistes ont donc voté contre le programme du Parti socialiste. Vivement la suite.»

J'ai écrit ça en décembre et on peut dire que j'ai eu le nez creux vu ce qu'il s'est passé par la suite. Ségolène Royal a été choisie sans programme, elle a été choisie sur sa personne. J'ai trouvé ça un peu léger de choisir quelqu'un parce qu'elle est en tête des sondages. En tant qu'humoriste, il y a eu une tendance à nous taxer de machiste dès qu'on attaquait Ségolène Royal. Sa vraie boulette en réalité, c'est d'avoir refusé le débat et d'avoir fait de la victimisation sur le fait que ce soit une femme. Moi, que ce soit une femme ou pas une femme, j'en ai rien à foutre. J'ai été attaqué tellement de fois sur le machisme et la misogynie, ça ne tient pas la route. Je crois que ça amuse les cons et ça sert de paravent à ceux qui n'ont pas grand-chose à dire.

 

« 21 avril. Jacques Chirac en sauveur de la République, c'est comme si on disait à un malade en phase terminal : Tiens, voilà de l'aspirine. »

Son bilan est proche du rien. Le mouvement des choses a continué dans son ensemble, les pauvres ont été pauvres, le chômage a augmenté. Rien n'a changé. Par contre, c'est un vrai Républicain. Après le 21 avril, il aurait dû intégrer dans son gouvernement des gens de toutes les couleurs politiques. Ce n'est pas le président le plus dangereux qu'on ait eu. Ou qu'on va avoir. Chirac, c'est un vrai Républicain. La France peut lui dire merci de ne pas nous avoir mis dans le bourbier irakien. Rien pour ça, on peut lui dire un petit merci quand même. Quand je vois Sarkozy, Chirac me paraît quelqu'un de social, de laïc, de républicain.

 

« La seule vraie différence entre Le Pen et Sarkozy, c'est 30 cm. Et 30 cm, ça peut faire mal. »

Je fais dans la caricature, c'est mon moyen d'expression. Mais quand on voit la politique répressive de Sarkoy ou sur l'immigration… Il a même repris un slogan du Front national : « la France tu l'aimes ou tu la quittes ». Maintenant, il dit qu'il a changé, mais il n'a pas cessé de faire du pied aux électeurs du Front national. On a des instances démocratiques, il ne pourra pas faire ce qui veut. Mais je pense que ce serait un mauvais choix pour les Français. J'essaye de faire en sorte que ce que je dis soit fondé. Même si des fois, c'est dur parce qu'il me met en colère.

 

« Quand ils sont dans l'opposition les hommes politiques réfléchissent. Quand ils sont au gouvernement, ils gèrent. Je propose donc que l'opposition doit au gouvernement. »

Très souvent, l'opposition a une idée de réforme dans la poche et une fois au gouvernement, elle nous dit : « ha ben non, y'a l'Europe, les syndicats sont contre, les Français ne veulent pas de réforme ». Je pense qu'ils sont impuissants. Au moins qu'ils le disent. Ne perdons pas de vue que Sarkozy est au pouvoir depuis cinq ans, donc s'il avait gouverné autrement, on s'en serait rendu compte. Peut-être qu'il n'était pas au bon poste… Je trouve que cette campagne manque d'idéologie, nous devons choisir dans quelle société nous voulons vivre. Pour le moment, il n'y a pas eu de débat au sein de l'UMP et il y a eu un faux-débat au PS avec trois mannequins de cire du musée Grévin qui ont fait des monologues. Pour le moment, le vrai débat n'a pas eu lieu. J'espère qu'il y aura un débat aussi intéressant que celui qui a eu lieu pour la Constitution européenne. Quelle que ce soit la personne qui est élue, mais au moins, qu'on parle des vrais problèmes, des vraies réformes. Aujourd'hui, les cartes sont brouillées. De toute façon, moi je suis pour qu'on supprime l'élection présidentielle et qu'on redonne le pouvoir au Parlement qui élit un Premier ministre. On est un des derniers pays avec un président avec autant de pouvoirs. On n'est pas moderne du tout.

 

« Ne confondons pas liberté et libéralisme. Si la liberté remplit les hommes, le libéralisme les vide. »

Les gens pensent que le libéralisme et la mondialisation sont inéluctables et c'est une erreur idéologique. Les gens sont résignés alors qu'il ne faudrait pas l'être. Et je vais me référer au président de la République qui a déclaré que le libéralisme n'était pas une solution, que la société allait dans le mur. Le libéralisme, ça ne veut plus rien dire. Libéralisme, libre-échange, ce sont de beaux mots, dedans il y a liberté, échange, mais tout ça est un leurre. La vraie définition du libéralisme est dans mon bouquin : « A qui ça sert de violer les gens quand on peut les baiser ». Moi, j'ai voté non à la Constitution et je pense que si on avait voté ça, il aurait été de plus en plus difficile de faire des réformes sociales. Le libéralisme serait devenu une façon politique et sociale de diriger les pays. C'aurait été un fait acquis. Moi, je ne suis pas d'accord.

 

« Le chômage a baissé en août. Des milliers de personnes ont retrouvé un boulot. Elles espèrent maintenant avoir un salaire. »

On nous dit que le chômage baisse. Je n'y crois pas. C'est comme les chiffres de la délinquance. Regardez ce qu'il se passe en Angleterre, ils affichent un taux de chômage de 4,5%. Mais là-bas, une personne qui a travaillé une fois dans la quinzaine n'est plus considérée comme chômeur. Alors deux jours de salaire par mois, au risque de paraître gauchiste, ça me paraît peu pour vivre. Chez nous, ça commence à se voir. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a plein de tentes le long des berges. Moi, je suis un bouffon, je suis là pour titiller le pouvoir, je n'ai pas de programme, mais je vois que les bénéfices des entreprises du CAC 40 ont augmenté de 4,75%, c'est-à-dire 73,5 milliards. C'est très bien, je suis pour que les entreprises fassent des bénéfices. Mais peut-être qu'il faudrait à un moment partager la galette.

 

« Le gouvernement a lancé un nouveau plan pour les banlieues. Pourtant, le problème n'est pas d'y aller, c'est d'en sortir. »

Je ne comprends pas que les émeutes qu'elles n'aient pas eu lieu plus tôt. Que ce soit la gauche ou la droite, tout le monde a échoué. C'est là où un mec comme Sarkozy me fait très peur, car non seulement il a échoué, mais il refuse de voir dans ces émeutes, un phénomène politique. Pour lui, c'est le fait des voyous. Il faudrait un jour prêter l'oreille aux messages qu'il y a derrière. Cela n'excuse pas tout, ce n'est pas en brûlant des bagnoles qu'on va obtenir quelque chose. Mais chez les jeunes qui ont été arrêtés, la plupart n'avaient pas de casier judiciaire.

 

« En occident, un mariage annulé c'est un homme sauvé ; dans un pays islamique, c'est une femme. »

C'est très dur de faire rire avec la religion en ce moment, c'est pour cela que je me refuse à céder le pas au communautarisme. Dans mon spectacle, j'ai un sketch sur un repas avec un juif, un catholique, un protestant et un musulman. Toutes les communautés en prennent plein la gueule. Personnellement, j'en ai marre de ce pseudo-retour à la religion qui n'est prétexte à défendre sa chapelle. Je me refuse à accepter le fait qu'il faut faire partie d'une communauté pour se moquer d'elle.

 

« Si Jésus avait été empalé, la gay pride serait une fête religieuse. »

Ce ne sont pas les communautés qui se défendent aujourd'hui becs et ongles avec l'aide d'avocats et d'associations de défense qui vont m'empêcher de dire ce que j'ai envie de dire. Bien au contraire. Concernant la communauté homosexuelle, je vais leur donner un conseil d'hétérosexuel : ne rentrez dans le moule, inventez de nouveaux modes de vie, trouvez une autre idée que cette connerie de mariage, donnez nous des idées à nous hétérosexuels perdus dans nos valeurs judéo-chrétiennes. C'est un mec qui est marié depuis 20 ans et pour qui ça se passe plutôt bien qui vous le dit. Mais pourquoi ont-ils envie de faire les mêmes conneries ? S'ils trouvent une bonne idée, je les suis.

 

« Fumeurs, quand vous fumez à côté d'un non-fumeur, il fume aussi ! C'est dégueulasse, il profite de votre tabac sans payer. Pensez à lui réclamer des sous. »

Si un conseil à donner aux jeunes, c'est : ne commencez pas. C'est une connerie. Bon c'est vrai, dans une vie, on en fait beaucoup de conneries. Mais il faut arrêter de nous mentir, la clope n'est pas que mauvaise, c'est un anti-dépresseur, c'est un calmant. Sauf qu'au lieu d'en fumer trois dans une journée, on en fume quarante. Et ça, c'est complètement con. On nous ment sur les chiffres. Je veux bien qu'on parle de ça, mais il faut en parler dans son ensemble. Il faut sortir les vrais chiffres. Il faut qu'on dise ce que ce que fait une cigarette, en bien, en mal, même si on est d'accords, elle fait beaucoup plus de mal que de bien. Et là, on peut se décider, quand on a toutes les données en mains. N'oublions pas que plus on interdit les choses, plus on a envie de les faire. Et arrêtons cette hypocrisie, si la clope est interdite, les buralistes sont des dealers, faisons leur fermer leur établissement et mettons les en prison même.


Propos recueillis par David Carzon

 

vendredi, 23 février 2007

La galère des petits candidats

Si Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal font la course en tête pendant que François Bayrou et Jean-Marie Le Pen se disputent la troisième place, derrière, ça rame. Sous-exposition médiatique ou effet "vote utile", toujours est-il qu'aucun des autres candidats testés depuis octobre 2006 par les six principaux instituts de sondages n'a jamais dépassé la barre des 5%.

Selon la dernière mesure réalisée par BVA les 19 et 20 février, Marie-Georges Buffet mène le gruppetto à 4% d'intentions de vote, juste devant Olivier Besancenot, Arlette Laguiller et Philippe de Villiers à 3% ; José Bové est à 2%, Dominique Voynet à 1%, et Corine Lepage est crédité d'un astérisque, renvoyant vers un diplomatique "résultat non significatif"...

Au-delà de la variation des scores d'un institut à l'autre, consécutifs à une offre électorale plus ou moins large (Ipsos propose l'offre la plus complète en testant également Nicolas Dupont-Aignan, Frédéric Nihous et Gérard Schivardi), le fait est qu'aucun des petits candidats n'arrive à percer. Ce n'était pas le cas en 2002, le rapport de force était beaucoup plus serré.

La Sofres avait mesuré dans ses intentions de vote de février Arlette Laguiller à 7,5% (le 23), Robert Hue à 6,5% (le 2), Noël Mamère à 7% (le 15), alors que Jean-Marie Le Pen et Jean-Pierre Chevènement oscillaient autour des 10%. Ipsos obtenait des résultats comparables. A cette époque, derrière Jacques Chirac et Lionel Jospin, cinq candidats pouvaient prétendre au podium.

Les petits candidats sont-ils aujourd'hui condamnés à rester en fond de cale ? Le sujet fait débat. Avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal qui captent toujours à eux deux environ 60% des intentions de vote, contre moins de 50% pour le total Chirac+Jospin en 2002, la marge de manœuvre est plus étroite.

D'autant plus que derrière, le candidat "ni gauche ni droite" de 2007 est plus haut que celui de 2002 (de 15 à 17% selon les instituts pour F. Bayrou, contre à peu près 10% pour J.P. Chevènement en février 2002), et que Jean-Marie Le Pen est lui aussi en avance sur ses temps de passage (+ 3 points en moyenne). C'est peut-être une conséquence du 21 avril, les candidats des grands partis mobilisent beaucoup mieux leur camp cette année. Plus de 80% de l'électorat UMP choisit Nicolas Sarkozy dès le premier tour (on était autour des 60% pour Jacques Chirac en 2002), les deux-tiers des sympathisants socialistes choisissent Ségolène Royal (moins de 60% en moyenne pour Lionel Jospin, et à peine un peu plus de 50% à l'approche du scrutin), François Bayrou est aujourd'hui soutenu par 60% des proches de l'UDF (40% en 2002) ; Le Pen reste à 80% de soutien dans son camp.

Avec un électorat moins dispersé, on se rapproche des "parts de marché" des différents partis, si l'on se réfère aux niveaux des proximités partisanes relevés par les sondeurs dans leurs échantillons. Pour autant, tout n'est pas joué. Les municipales 2008 en point de mire, les maires hésitent à parrainer qui que ce soit. Le couperet des 500 signatures devrait alors clarifier l'offre électorale et aider les candidats qui auraient gagné leur ticket d'entrée. Surtout, la campagne officielle n'a pas encore commencée. L'égalisation des temps de parole profite aux moins connus, et bouleverse parfois l'ordre établit.

En avril 2002, les Français découvraient Olivier Besancenot, qui gagnait alors soudainement 4 points d'intentions de vote, pour se retrouver tout près du seuil des 5%, qui fait passer le remboursement des frais de campagne de 5 à 50% des dépenses (plafonné selon le cas à  800 000 ou 8 millions d'euros). Ils étaient 7 à en bénéficier en 2002 (Chirac, Le Pen, Jospin, Bayrou, Laguiller, Mamère et Chevènement), pas sûr qu'en 2007 ils soient aussi nombreux.

•• Notre prévision : tous fauchés ! ••

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mardi, 20 février 2007

Le deuxième effet Birenbaum

Suite à «l’affaire Duhamel», il n’était pas inintéressant de se promener sur le blog de l’autre victime expiatoire de cet invraisemblable emballement blogo-médiatique, Guy Birenbaum. Devenu celui qui a fait «tomber» l’emblème de l’éditorialiste politique des 40 dernières années, l’éditeur NRV poursuit involontairement sa démarche iconoclaste (dans le sens «briseuse d’icônes»). Ainsi, parmi les 400 commentaires ayant succédé à son post «Leurre de vérité» de vendredi dernier, le lendemain de la suspension de Duhamel, se trouve ce lien, posté par "Jeff Tweedyson" à 10h45: http://www.acrimed.org/IMG/mp3/Bianco_Elkabbach_280107.mp3.
Cela se passe le dimanche 28 janvier sur Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach reçoit Jean-Louis Bianco, lors de l’émission «Le grand rendez-vous».  Ce n’est pas par sympathie ou allégeance particulière à Acrimed que je transmets ce lien, mais parce qu’il isole le passage troublant de l’émission. Dans la blogosphère (par exemple ici), il s’est répandu que l’interview avait été retirée du site de la station. Si plusieurs pages de www.europe1.fr sont souvent «temporairement indisponibles», l’émission est bel est bien consultable. Mais en grande partie inaudible pour cause de coupures multiples. On en retrouve un script intégral sur le site de Jean-Louis Bianco.

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Il y a des bas et débats

Tout le monde s’en sort avec les honneurs. Au lendemain de l’émission J’ai une question à vous poser avec Ségolène Royal, il apparaît très clairement que les hommes (et femmes) politiques ne peuvent pas être mis en danger par ce genre d’émissions. Ils sont trop aguerris, trop entraînés pour être mis en difficulté. Les questions des Français invités font « café du commerce », chacun évoquant son cas personnel qui relève plus d’un édile local que d’un futur président de la République.


Face à ces questions, les hommes politiques n’ont pas de mal à répondre. Chacun dans son style : Sarkozy pointilleux à l’extrême (comme ça on ne voit pas quand il prend quelques libertés avec la réalité), Royal plus dans l’empathie (comme ça on ne voit pas quand elle ne répond pas précisément aux questions)… De toute façon, ils sont tranquilles, ils n’ont pas de contradicteurs et rares sont les citoyens qui peuvent, sur le fond et sur la forme, relancer les candidats.


Autre avantage pour les invités : les intervieweurs sont peu virulents, hormis un petit quart d’heure de chauffe pour le candidat de l’UMP sur les questions de l’homoparentalité et de la place des Français d’origine immigrée. Même avec Jean-Marie Le Pen, dont on aurait pu attendre quelques frictions avec le public, le ton a été étonnement calme, le panel étant même plus sévère un peu plus tard durant la même émission avec Marie-George Buffet.


Ce n’est pas que ce format soit inutile, c’est surtout qu’il est incomplet, même si, comme me le souffle mon collègue Arnaud, c’est grâce à ce genre d’émission sur le référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005 qu’on a pu voir que Chirac « ne comprenait pas » les jeunes. Un tournant dans la campagne.


Le problème, c’est que nous, pauvres petits électeurs, nous n’avons guère que ça à nous mettre sous la dent pour le moment. Il nous manque un vrai débat entre les candidats, et pas un affrontement entre leurs lieutenants comme c’est le cas actuellement. Moi, je rêve de vrais face-à-face avant le premier tour pour confronter les idées et les hommes (et femmes). Malheureusement, je pense que ce souhait ne sera pas exaucé, les deux principaux candidats, Royal et Sarkozy estimant avoir trop à perdre dans ce genre d’affrontements. Ils attendent le second tour pour se confronter ainsi. Une attitude qui a déjà joué des tours à certains

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lundi, 19 février 2007

La présidentielle sur Second Life : a-t-on atteint le fond ?

Second Life (pour ceux qui l’ignoreraient encore, un jeu de « réalité virtuelle », comme l’indique son nom) est le nouveau phénomène médiatique du moment. Depuis que Ségolène Royal y a ouvert un « comité virtuel », peu de temps après le Front National, la communauté française s’est élargie jusqu’à devenir la seconde de ce monde virtuel.Depuis quelques semaines, je me balade donc, au gré de mon temps libre, dans les espaces de Second Life . J’y ai goûté les joies de la politique en 3D sous avatar, avec l’objectif de tenter de comprendre si ce nouvel espace d’échange apporte quelque chose à la campagne d’autre qu’un gadget étonnant.Pour qui est un vieil habitué des échanges numériques, Second Life fait un peu penser aux premiers newsgroups des années 90 : tout le monde passe par là, peut venir ajouter son grain de sel, troller, pourrir le moindre échange qui commence à se structurer, et il y a presque une prime aux terroristes et manipulateurs.


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Le siège du FN a ainsi été l’objet de manifestations très violentes à la mi janvier. Des anti fascistes ont bravé toutes les règles habituelles d’antiviolence de cette simulation de réalité pour tenter de décourager le parti de Jean-Marie Le Pen d’y rester. Achat de tous les terrais adjacents, pollution par l’envoi de « ballons » volant pour occuper l’espace de la permanence : le genre de choses que l’on peut faire dans cet univers virtuel, pas dans la vie réelle. Le FN est parti, puis revenu. L’oppression a recommencé. Les choses semblent s’être stabilisées : on ne peut plus accéder à la permanence qu’en s’y téléportant, mais les pollutions de militants anti-FN semblent être plus réduites depuis quelques jours. 

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Il faut dire que les comportements violents ne sont pas l’apanage des anti-FN. Un jeune sympathique militant du FN pollue le siège de son propre parti avec des affiches volantes pour un candidat du … FN ! J’ai récemment croisé un jeune militant, portant message de soutien à Nicolas Sarkozy sur son T-shirt, qui envoyait des « ballons » représentant Ségolène dans une boite de vache qui rit en direction de la permanence virtuelle de Ségolène Royal. Il venait, m’a-t-il expliqué, de se faire exclure de la permanence pour comportement irrespectueux et m’a avoué envoyer ainsi des « ballons » depuis plusieurs dizaines de minutes.
Pas un instant ces militants ne se comporteraient ainsi dans la vraie vie (et on ne les y autoriserait pas : imaginez entrer dans le QG de Nicolas Sarkozy avec un drapeau socialiste à la main). L’anonymat, la facilité, l’automatisation ouvrent aux excès et parfois à la bêtise. Second Life manque de règles, de polices, et son équilibre repose sur un consentement mutuel des participants.

Depuis quelques jours, le calme revient. L’irruption de la politique française sur Seond Life a fait du bruit, plutôt en négatif. Espérons que les deux prochains mois de campagne montreront au contraire des pratiques innovantes et un peu plus responsables.

J’y reviens dans un prochain billet.

 

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vendredi, 16 février 2007

Sarkozy les pieds dans le cliché


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Photos 1 et 2 Reuters.

Photo 3 AFP 

 

 

«Les campagnes électorales ne sont plus ce qu’elles étaient, on n’oblige plus les gens à venir» accueillir les candidats, assure Nassima Dindar, présidente UMP du conseil général de la Réunion dans une vidéo intitulée «V’la Sarko, la campagne est lancée». Pourtant, le passage de Nicolas Sarkozy dans l’île n’échappe pas aux clichés : comité d’accueil brandissant des pancartes, collier de fleurs à l’aéroport, visages peinturlurés… Une vraie spontanéité ! Sauf que ni les colliers de fleurs, ni le body painting ne font partie des traditions réunionnaises.

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mercredi, 14 février 2007

Ouverture ouverture

La journée de dimanche était un peu une folle journée politique ! D'un côté Nicolas Sarkozy à la Mutualité, de l'autre Ségolène Royal à Villepinte et pour couronner le tout Jacques Chirac sur Vivement dimanche. Le contraste entre deux approches était intéressant.Le choix de Nicolas Sarkozy a été très clair : le temps des affrontements idéologiques et des vieilles luttes gauche droite est dépassé. Il faut avoir le courage de reconnaître que des bonnes idées existent des deux côtés. C'est ainsi que pendant toute la matinée sont intervenues à la Mutualité des personnalités qui venaient d'horizons différents.

Là, je vous parle des huis clos auxquels les journalistes n'avaient pas accès : des électeurs anciennement indécis, des Français qui avaient renoncé à s'engager politiquement ou des gens de gauche attirés par les propositions de Nicolas Sarkozy.

Il y eut deux témoignages émouvants. Le premier était celui d'un professeur de banlieue qui a exprimé son ras-le-bol. Déçu par le PS et leurs propositions très conservatrices, il a indiqué qu'il était intéressé par les propositions de Sarkozy notamment sur la revalorisation des salaires et le retour à un minimum de respect à l'école. Il fut très applaudi. Le second vint de Véronique Vasseur, une docteur qui avait travaillé dans les prisons et qui est une des premières à avoir tiré la sonnette d'alarme sur la situation inacceptable des prisons dans ce pays. Elle prenait le premier engagement politique de sa vie aux côtés de Nicolas Sarkozy.

De l'autre côté, le discours de la candidate socialiste au cours de la semaine passée s'est durci. J'ai été consterné notamment par son discours sur l'histoire la semaine dernière. Grosso modo, mais je caricature à peine, il y a les bons et les méchants. Les bons sont toujours à gauche, les méchants toujours à droite et dans l'histoire la gauche est toujours du bon côté et la droite toujours du mauvais. Cela sent bon son sectarisme et pour l'historien que je suis c'est encore plus grave car c'est une distorsion de l'histoire assez dramatique. Mais sur le plan politique je suis frappé de voir son évolution. Il y a un mois elle tenait un discours de respect par rapport à tout le monde. Il faut croire que la tolérance ne résiste pas aux mauvais sondages.

En tout cas pour moi, il est indispensable d'ouvrir les fenêtres et de faire rentrer un nouvel oxygène. J'ai travaillé, à la demande de Nicolas Sarkozy d'ailleurs, avec quelqu'un comme Martin Hirsch, président d'Emmaüs, qui est plutôt de sensibilité de gauche et ce fut un de mes travaux les plus intéressants des deux dernières années sur le thème de famille et pauvreté. Il faut faire rentrer de nouvelles idées, être capable de se remettre en cause. C'est le choix qui a été fait par Nicolas Sarkozy. Tant mieux.

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lundi, 12 février 2007

Une nouvelle campagne commence

On attendait Ségolène Royal au tournant ces jours derniers, la disant « affaiblie », « éprouvée » par la multiplication des attaques personnelles. On misait tout sur la date du dimanche 11 février en se disant que cela constituerait un véritable coup d’accélérateur de la campagne présidentielle. Et, même si Nicolas Sarkozy s’est bien chargé de réunir ses comités de soutien dans la salle de la Mutualité, autrement connue pour accueillir les réunions socialistes, cette opération a tourné au flop et les projecteurs sont restés braqués sur le grand événement du jour : la déclinaison du pacte présidentiel socialiste.

En effet, le discours de Ségolène Royal devant près de 10.000 militants et de nombreuses personnalités réunis à Villepinte a résonné comme un souffle nouveau, une impulsion nécessaire, maîtrisée et réussie. Un ton juste, des formules claires, des propositions précises, la candidate m’a paru incarner la « force tranquille » mitterrandienne, portant un formidable espoir lucide et pragmatique.

Parlant tour à tour de la question de la dette de l’Etat, d’environnement, de la famille, de l’éducation, elle a fait sienne la devise républicaine « liberté, égalité, fraternité » alors que, deux heures plus tôt, son adversaire fustigeait l’égalité comme aliénation de l’homme. C’est à cet instant précis que le discours de la candidate s’est profondément inscrit à gauche et que j’ai ressenti une immense fierté de militer pour les mêmes causes humanistes et solidaires.

Déclinant son programme en matière d’environnement, de famille, d’éducation, du système des retraites, de la sécurité sociale professionnelle, elle est apparue aussi bien convaincue que convaincante. Amenée également par la force des choses à préciser ses positions sur les questions internationales, elle n’a pas manqué de rappeler son attachement au continent africain et à la défense des droits de l’homme.

Et comme une ultime défiance au candidat Sarkozy, la présidente de la région Poitou-Charentes a proposé une réforme institutionnelle de grande envergure : la suppression de l’article 49-3 de la Constitution qui permet au gouvernement d’outrepasser les débats parlementaires mais surtout la nomination systématique d’un député de l’opposition à la présidence de la commission des finances de l’Assemblée Nationale. Que ceux qui taxent Ségolène Royal de démagogie retiennent que son discours de Villepinte fut celui de l’ouverture, de la présentation d’un « pacte présidentiel » fort pour une France juste. En attendant ses futures propositions sur la justice, la fiscalité et la lutte contre les discriminations, ce premier volet est particulièrement enthousiasmant et le discours apparaît réussi.

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dimanche, 11 février 2007

Santini pense comme Bayrou, mais veut agir avec Sarkozy

Le meilleur ennemi de Bayrou, c’est André Santini. Guest-star du meeting des comités de soutien à Nicolas Sarkozy dimanche à la Mutualité, le député-maire UDF d’Issy-les-Moulineaux est venu sur scène pour exposer son ralliement au candidat de l’UMP. Et pour expliquer pourquoi la candidature de François  Bayrou est vouée à l’échec. André Santini est même allé jusqu’à annoncer le ralliement obligé de Bayrou. Même si les mots étaient choisis, la charge a été violente. Jugez plutôt.


« Nous sommes quelques-uns à nous interroger sur l’avenir d’un Centre qui double la gauche par la gauche (…) Il y a bien sûr quelque chose de sympathique dans cette démarche [celle de Bayrou, ndlr] ; il y a un courage évident à vouloir bouleverser les lignes (…) C’est un dessein éminemment respectable de vouloir renverse la table, comme on dit. Et nous aurions tort de railler cette démarche, d’insulter les hommes qui la portent et qui demain nous rejoindront. Simplement, elle me paraît vouée à l’échec parce qu’il n’y a pas assurément une majorité de Français pour la soutenir et qu’il n’y a pas une majorité de responsables politiques qui y soient sensibles (…) Imaginons un seul instant qu’une telle démarche soit plébiscitée par les Français. Comment, concrètement, la mettre en œuvre au gouvernement ? Avec qui ? Avec quelle majorité à l’Assemblée ? Cette démarche est intellectuellement satisfaisante. Elle est pratiquement inefficace. » L’intéressé appréciera la démonstration.


On nous avait annoncé nombre de ralliements d’ouverture à Sarkozy ce dimanche et certains noms de gauche comme Jean-Marie Bockel, avaient même circulé. Finalement, l’ouverture à gauche n’est pas allée plus loin que le centre droit avec Santini et Christian Blanc. Si cela n’est pas une révolution dans la campagne de Sarkozy, ce peut être un coup dur dans celle de Bayrou.


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Villepin se rassemble tout seul

Où était Villepin alors que toute la droite se réunissait à la salle de la Mutualité dimanche ? Personne ne s’est posé la question, et surtout tout le monde s’en foutait un peu. Le pire, c’est qu’une grande partie du gouvernement actuel était présent dans la salle, qu’ils soient anciens ou récents soutiens : Dominique Bussereau, Jean-François Copé, Renaud Donnedieu de Vabres, Dominique Perben, Michèle Alliot-Marie… Mais point de Dominique de Villepin. La volonté de rassemblement prônée par Nicolas Sarkozy s’arrête aux portes de Matignon.

On ne sait pas ce que qu’il a fait durant la réunion publique mais à l’heure où tout le monde quittait la salle de la Mutualité, le Premier ministre et son fils se rendaient au cinéma La Pagode, situé non loin de Matignon. Pour aller voir « La vie des autres ». Ça ne s’invente pas.

David Carzon (avec l’aimable collaboration de 20 Minutes Lille)

jeudi, 08 février 2007

Nicolas Sarkozy sait à qui il s’adresse mais nous, on ne sait plus qui parle

Quand Nicolas Sarkozy va au marché de Rungis ou dans une usine Alstom en Bourgogne, il parle à la France qui se lève tôt, à la France des ouvriers, la France qui travaille, la France qui en bave des ronds de chapeaux pour des clopinettes.


Alors quand Nicolas Sarkozy va à Toulon, ce n’est plus tout à fait la même chose, il doit parler aux militaires, aux anciens des colonies, aux harkis, aux rapatriés, aux électeurs qui avaient jadis porté à l’hôtel de ville un maire Front national. Mais troquer le bleu de travail contre la tunique bleu-blanc-rouge, tout comme jongler entre les casquettes de candidat et de ministre, ça ne le dérange pas vraiment. C’est vrai quoi, si on veut être le président de tous les Français, ou au moins être élu par une majorité d’entre eux, il ne faut pas être à ça près et être capable de se changer plus vite qu’un mannequin Dior lors d’un défilé haute couture.


Prenez sa visite à Toulon mercredi. Le candidat arrive en voiture à l’Arsenal. Une minute plus tard, son statut de candidat disparaît lorsqu’il se présente au pied de la passerelle de la frégate La Fayette, un bâtiment de la Marine française.

 

medium_toulon1.jpgLorsqu’il monte à bord, c’est en effet, le ministre de l’Intérieur qui prend le relais. Pour l’occasion, il est accompagné de Michèle Alliot-Marie, qui porte elle l’uniforme de ministre de la Défense. « La Frégate effectue des missions qui concerne ces deux ministères », nous explique-t-on sur place pour justifier cette visite de l’équipage qui chasse notamment le trafic de stupéfiants dans l’Océan Indien.


La visite commence par une tournée d’inspection des troupes. Serait-ce l’effet du roulis ou justement d’un problème d’ajustement de la casquette, mais tout n’est pas très au « carré » comme on dit chez les militaires. Michèle Alliot-Marie commence à partir sur sa gauche quand elle devrait passer en revue les troupes qui se trouvent à sa droite. Un officier la prend par le bras et la ramène dans le droit chemin. Sarkozy se retrouve derrière tout le monde au moment où les honneurs sont rendus. Un autre officier intervient aussitôt et mine de rien, lui fait de la place rapidement à côté de la ministre de la Défense.


medium_toulon4.2.jpgSur la passerelle de la frégate, ça se complique quand les journalistes sont autorisés à poser des questions. La journaliste de BFMTV demande à s’adresser au ministre des Cultes qui sommeille en Nicolas Sarkozy (oui, le candidat-ministre de l’Intérieur est aussi ministre des Cultes pour compliquer la chose) pour avoir son avis sur la menace de démission du Conseil français du culte musulman suite à la lettre de soutien du candidat Sarkozy (oui je sais c’est compliqué) à Charlie-Hebdo dans le procès des caricatures. Nicolas Sarkozy accepte de répondre, non sans avoir fait remarquer que ce sont les journalistes qui l’ont forcé à changer de casquette. Sauf que dans sa réponse, on ne sait pas vraiment qui s’exprime du candidat ou du ministre.


Fin de la visite sur la frégate. Nicolas Sarkozy se rend sur le porte-avions Le Charles-de-Gaulle, également basé à l’Arsenal de Toulon durant les douze mois par an d'entretien dont le bâtiment fait l’objet, c’est dire si les autres nations peuvent craindre l'intervention de ce fleuron de notre Marine natinale.


Cette fois, il n’y aura pas de caméras, pas de petites phrases, pas de journalistes. C’est le candidat cette fois qui fait cette visite, avec la ministre de la Défense. Serait-ce du favoritisme ? « Non, pas du tout, répond-on dans l’entourage de Michèle Alliot-Marie. Tous les candidats peuvent, s’ils le souhaitent, visiter le Charles-de-Gaulle, pour avoir des informations concrètes sur notre Défense. Mais comme pour Nicolas Sarkozy, ce se fera sans caméras. Cela pourrait être utile à certains pour, par exemple, connaître le nombre de sous-marins nucléaires français en exercice. »


Un peu plus tard, lors de la réunion publique qui a lieu au Zénith, c’est bien le candidat qui est réclamé sur la scène par Michèle Alliot-Marie (pas la ministre de la Défense, mais la militante qui avait failli se présenter à l’investiture UMP pour la présidentielle, elle aussi devant jongler avec les titres sous peine de remontrances élyséennes). Le candidat Sarkozy déboule sous un tonnerre d’applaudissements pour une heure d’un show « spéciale dédicace » à l’électoral local.


Dans une semaine, le ministre de l’Intérieur doit se rendre à la Réunion pour une visite de deux jours. Là encore, il sera difficile de distinguer sa véritable casquette. En tout cas, il y a une chose qui ne change pas : que ce soit le ministre ou le candidat, ce sont les mêmes journalistes qui le suivent.

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mercredi, 07 février 2007

De l’électeur pris en compassion…

Le premier a en user fut Nicolas Sarkozy, dans «A vous de juger» «J'ai une question à vous poser» lundi soir sur TF1. Vers 22h30, un jeune Français d’origine maghrébine et visiblement pas anti-Sarko interroge le ministre candidat sur les comportements policiers à l’encontre de types comme lui, décrivant ce jour où il fut victime d’insultes. Réponse du ministre de l’Intérieur :   

-    «Vous savez ce qu’on va faire, au pot après l’émission, vous me donnerez tous les détails sur votre interpellation, et si cela s’avère vrai, on va le régler votre problème».

Pour être tout à fait honnête, le ministre-candidat avait déclaré que «pas un abus de police n’avait pas été sanctionné» et qu’il avait «même interdit le tutoiement» durant sa présence place Beauvau. 

Environ dix heures plus tard, vers 9h45, ce fut au tour de Dominique Bussereau de recycler la méthode. Lors de l’émission «Interactif», une auditrice de France Inter alerte le ministre de l’Agriculture sur l’impunité d’un de ses voisins éleveur porcin, dont le caractère extensif de l’entreprise mettait en danger l’écosystème du site. Bis repetita, pour le ministre, qui évacuait la question d’un :   

  - «hors-antenne, vous me donnerez les coordonnées précises de cette entreprise et nous règlerons l’affaire», avant d’ajouter tout de même un «même si je n’encourage pas la délation»…

   
Alors, extension du domaine de la compassion en politique, ou clientélisme à la sauce médiatique?

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Musiques maestro!

La présidentielle en France, c’est un peu comme l’Eurovision. Quand on est candidat, il faut accepter de se plier à la tradition de l’hymne kitsch. Outre-Rhin, les militants de la CDU communiaient avec Angela Merkel sur  «Angie», des Rolling Stones. En France, ceux de l’UMP pourront vibrer sur «Allez Sarko ohoho !», écrite et composée par Nicolas Luciani. Un hymne aux paroles puissantes et percutantes: «Sarko ohoh! Sarko à l'Elysée oh! Sarko ohoh! Go! Go! Ségo K.O.!! Sarko ohoh! Des lendemains toujours plus beaux…»«Et Chirac maintenant» de 1981, ou le «Strauss-Kahn y va gagner» de la dernière primaire socialiste. Pas forcément pire que le

Au PS justement, comme pour son programme, Ségolène attend (peut-être consulte-t-elle Cali?). Mais les jeunes militants ont déjà pensé à leur candidate et lui ont écrit «Une rose, un projet, une femme», sur l’air de la chanson d’Ilona –mais si, celle qui fait «un oiseau, un enfant, une chèvre…».

L’année dernière, Nicolas Sarkozy avait, lui,  eu droit à son rap semi-officiel avec «Mon pays France», qui avait inondé de nombreuses boîtes mails avant d’être hébergé sur le site de l’UMP. Le parti poursuit d’ailleurs son opération séduction de la jeunesse. Le site DiscoSarko.com – qui permet de faire danser le ministre de l’Intérieur sur Stayin’ Alive ou Chaud Cacao, mais aussi de recevoir une newsletter envoyée par un groupe de soutien à Nicolas Sarkozy – a reçu la bénédiction de l’intéressé himself. Selon le Guardian, il aurait quand même demandé son avis à Cécilia. Au cas où.


Mais au-delà de toutes ces opérations flirtant de près ou de loin avec la com’, on trouve une mine d’artistes inspirés par la campagne. Des artistes comme… les Musclés. Oui, oui, Bernard Minet, Framboisier et les autres de la glorieuse époque du Club Dorothée, qui avaient connu les sommets avec «La merguez party». Et bien, ils reviennent avec «Nicolas et Ségolène». Le titre fait un carton sur Dailymotion et un single est même disponible. Les Ignobles du Bordelais ont eux choisi un autre couple, «Nicolas et Cécilia», réunis dans un clip réalisé avec des oursons gélifiés. Il y a aussi William Berg, «raide dingue» de Ségolène ou le reggae de Khalifa, qui s’en prend aussi bien au «beau tailleur» de l’une qu’aux «jets de haine de l’autre».


Autre artiste engagé, Bernie Bonvoisin. Le chanteur culte de Trust – qui a fait son retour en 2006, notamment avec le titre Sarkoland – a choisi de soutenir un autre rebelle: François Bayrou. Malheureusement, pas de chanson de Trust en cours de composition pour l’UDF. Ça aurait eu de la gueule, non? A la place, François Bayrou a le droit à un détournement d'une chanson de K-maro.

Allez une dernière fois, pour la route «Sarko ohoh! Sarko à l'Elysée oh! Sarko ohoh!».

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lundi, 05 février 2007

Douste-Blazy défend Sarkozy

 Surtout, ne demandez pas à Philippe Douste-Blazy si son livre «Des affaires pas si étrangères» est son testament au Quai d’Orsay, la question, même prononcée avec un sourire, ne le fait pas rire. Car, visiblement, il a pris goût à la diplomatie et compte bien, si son poulain l’emporte, demeurer ministre des Affaires étrangères.

Ne lui demandez pas non plus si ses débuts difficiles au Quai d’Orsay le porte à l’indulgence sur les bourdes de Ségolène Royal, il fait semblant de ne pas comprendre la question…

Si, en revanche vous lui demandez de commenter la politique étrangère de Nicolas Sarkozy, il le fait avec plaisir. Reçu à déjeuner, lundi, par l’association de la presse diplomatique française à l’occasion de la sortie de son livre, le ministre a défendu corps et âmes le candidat de l’UMP à la présidentielle: «on dit que Nicolas Sarkozy est atlantiste et pro-israélien. C’est une caricature. Sur la politique intérieure aussi on l’avait caricaturé en ultra-libéral. Aujourd’hui c’est lui qui s’adresse le plus aux pauvres. Sur la politique étrangère, vous allez voir, il va évoluer…». Après avoir évoqué – invoquer Jaurès, Nicolas Sarkozy revendiquera-t-il bientôt la filiation Villepin ?
 

 

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vendredi, 02 février 2007

Le paradoxe Le Pen

Tous les indicateurs montrent que Jean-Marie Le Pen reste sur une dynamique politique favorable. Plus d'un Français sur quatre se dit «d'accord avec ses idées». Mesuré aujourd’hui entre 11% et 14% dans les intentions de vote, il atteint des niveaux supérieurs à ceux enregistrés en janvier 2002 (entre 8 et 11%). Dans la lignée des élections de 1988 (14,4%), 1995 (15%) et 2002 (16,9%), il devrait une nouvelle fois faire un bon score, entre 15 et 20%. Ce dernier chiffre constitue toutefois un plafond difficilement dépassable, comme en témoigne le second tour de 2002 (17,8%).

Or ni Ségolène Royal ni Nicolas Sarkozy ne semblent courir le risque de tomber sous ce seuil de 20%. Chacun dispose en effet au sein de son camp de soutiens beaucoup plus fermes et élevés que ceux dont disposaient Lionel Jospin et Jacques Chirac à l'époque. Avec des intentions de vote entre 32% et 35%, soit quasiment le total des voix Balladur et Chirac de 1995, Nicolas Sarkozy bénéficie d’une mobilisation de et d’un niveau d’adhésion sans comparaison à ceux de 2002. Le candidat UMP capte en outre aujourd’hui plus de 20% des électeurs lepénistes dès le premier tour, amputant le leader frontiste d’une partie de ses ressources.

Malgré le "trou d’air", Ségolène Royal reste à des niveaux jamais atteints par Lionel Jospin (de 26 à 29% contre 22-24%). Même avec la candidature de Bové, les désistements de Taubira et Chevènement limitent la dispersion. En outre, la mémoire du 21 avril et «l’effet remords» qui en découle, devraient jouer en faveur d’un vote utile dès le premier tour.

En somme, et à deux mois et demi du scrutin, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal captent à eux deux plus de 60% des intentions de vote (Jacques Chirac et Lionel Jospin n'en recueillaient que 48% en janvier 2002, et 36,7% le jour du scrutin). A moins d'un événement de campagne imprévisible et destructeur pour l'un des deux principaux candidats, anticiper la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour peut être un argument politique de mobilisation, mais en aucun cas résulter de la lecture des sondages pré-éléctoraux.

•• Notre prévision : Jean-Marie Le Pen ne sera pas au second tour de la présidentielle ••

 

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jeudi, 01 février 2007

Quand Sarkozy fait son marché

Il est 5 h 15 à Rungis, jeudi. Nicolas Sarkozy arrive tandis qu’une quarantaine de journalistes télé, radio et presse écrite –moi y compris - l’attendent de pieds fermes (et gelés). Le candidat semble un peu tendu en sortant de sa voiture. Pourtant, il a un avantage sur nous : il porte un beau blouson ciré tout blanc, tout neuf, alors que nous avons dû revêtir des blouses blanches en papier, question d’hygiène. Bref, lui peut se la péter quand nous avons l’air de chirurgiens slovakistanais.

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C’est toujours impressionnant de voir l’appétence des caméras et des micros pour Nicolas Sarkozy. A peine est-il arrivé que tous se ruent sur lui le questionnant sur l’affaire des RG, sur son adversaire socialiste. Les caméras forment un tel rempart qu’il est quasiment impossible d’entendre ce qu’il se dit. Le candidat se prête au jeu, mais pas trop longtemps. Il n’est pas venu pour ça. Il s’engage dans le hall Poissons, toujours suivi par une nuée de journalistes qui ne le lâcheront pas.

Ce genre de déplacement est aussi l’occasion de choper quelques conversations entre journalistes. Exemple :

 

« Putain, t’étais pas à Beaubourg avec Chirac hier. C’était drôle. Quand il est sorti, il a voulu prendre un bain de foule, il a serré deux-trois mains et on a commencé à entendre quelqu’un crier “Chez le juge”, mais comme il est sourd, il entend rien alors ce sont ses conseillers qui l’ont ramené vers la voiture pour repartir. »


Ce jeudi matin à Rungis, Nicolas Sarkozy est venu tâter du « vrai gens », et il va le faire durant plus de deux heures. En effet, ils sont peu nombreux à l’envoyer sur les roses. Au contraire, beaucoup veulent le saluer, l’encourager, se faire prendre en photo avec lui. Le candidat serre des mains, tape sur des épaules (à défaut de tâter le cul des vaches), donne des petits coups de poing dans la poitrine de ses interlocuteurs.


Le conflit, il l’évite, sachant pertinemment que les caméras n’attendent que ça. Il va serrer la main d’une caissière derrière une porte vitrée. Elle lui parle, il n’entend pas, se penche vers l’hygiaphone. « Qui c’est qui les paye les milliards de cette campagne », lui hurle-t-elle. Les caméras sont loin, le candidat hoche la tête et recule sans dire un mot.

La visite continue à travers les poulpes et autres noix de Saint-Jacques avant les volailles, les abats… Ça discute pénibilité, travail de nuit, promesses électorales etc. Les vendeurs, sans vraiment le vouloir, lui servent l’occasion de se mettre en valeur

 

« - Ça marche les affaires ? demande Nicolas Sarkozy à un tripier, tandis les caméras filment au milieu des pieds de cochons, des foies sanguinolents, et autres cervelles.`
-    Vous savez, on ne fait plus de bonnes marchandises aujourd’hui.
-    Pourquoi ?
-    Ben, faut remettre les gens au travail
-    Ça tombe bien, c’est mon programme »


Parfois, les discussions sont plus dangereuses pour le candidat, comme celle avec cet employé français d’origine maghrébine.

 

-    « Vous savez monsieur Sarkozy, je suis pas une racaille, je me lève tous les jours à trois heures du matin pour 1280 euros net. Et je ne peux même pas me loger.

-    Moi, je veux que tout le monde devienne propriétaire.
-    Ce n’est pas le problème, on me demande 800 euros pour louer un taudis, c’est les trois quart de ma paye.
-    Ce n’est pas normal, on n’empêche les gens de travailler », conclue le candidat UMP pour ramener le débat sur un terrain plus favorable, véritable thème de ce déplacement matinal.


Au et à mesure, Nicolas Sarkozy, se sentant en terrain conquis, se détend complètement, plaisante avec les marchants, glisse une vanne dans l’oreille de ses journalistes habitués à le suivre, prend tellement de temps que la visite s’éternise. Mais l’homme politique n’oublie pas un instant qu’il est venu là pour parler de « la France qui se lève tôt » et qui « veut travailler plus ». N’hésitant pas non plus à dire, alors qu’il est cerné par une forêt de caméras qu’il « veut rester accessible pour les Français ». Il leur faudra quand même franchir certains barrages.

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Photo Reuters 

 

mercredi, 31 janvier 2007

« La seule animation, c’est la pizza »

Tous les mardis, Loïc Le Meur, qui donne un coup de main pour la campagne Internet de Nicolas Sarkozy (il ne veut pas qu’on dise qu’il est le monsieur Internet de Sarko), convie des blogueurs au siège de campagne du candidat de l’UMP. Il y a quinze jours, seuls les militants avaient été invités à rencontrer Nicolas Sarkozy. Mardi soir, la réunion était ouverte à tous les blogueurs. Et François Fillon était là pour répondre à leurs questions. Récit d’une soirée qui a vraiment démarré au moment où elle se terminait.

medium_BLOG01.3.jpgUn peu près 20h, une quarantaine de personnes prennent place dans la salle, assises en demi-cercle face à François Fillon, Loïc Le Meur, et Yves Jégo, arrivé un peu en retard. Le premier lance le débat en évoquant justement la note qu’il était en train d’écrire pour son blog. « Est-ce que Nicolas Sarkozy doit rester au Ministère de l’Intérieur ? » s’interroge tout haut le conseiller politique du candidat. Et de répondre seul à la question, déroulant les arguments habituels.La salle est sage, des mains se lèvent pour poser les premières questions, tel ce chroniqueur de Benito Report, ou Bertrand qui se demande combien « on va manger avant de réagir ? ».

 

Fillon est en terrain connu, et la réunion tourne à la rencontre politique classique. On parle Europe, cumul des mandats, Royal, autonomie des universités... Le discours est bien rôdé : « On a besoin d’un président qui gouverne sans se cacher derrière le Premier ministre ; la question de la démission de Ségolène Royal ne se pose pas ; il faut libérer le travail, l’accroissement de la richesse nationale passe par l’accroissement des heures travaillées. »

 

Rien de nouveau sous le soleil, ni sur le fond, ni dans la forme. Il faut dire que l’assistance n’est pas spécialement vindicative. Bien au contraire, malgré la présence du militant socialiste Christophe Grébert qui est venu au titre de journaliste pour le blog Génération 2007. Loïc Le Meur demande combien il y a de militants dans l’assistance. Une quinzaine de mains se lèvent. Mais s’il avait demandé combien il y a de sympathisants, les mains auraient été plus nombreuses.

 

medium_BLOG03.jpgVolontairement ou involontairement, François Fillon manque de peu l’incident diplomatique en expliquant qu’en France les personnes qui sont aux plus hautes fonctions « sont issues des urnes ». Oubliant, ou non, que le Premier ministre n’a jamais affronté les électeurs. Personne ne relève, le remarque glisse sur l’assistance. La soirée ronronne un peu, il ne manque plus qu’un feu dans la cheminée et de la Suze pour tout le monde «La seule animation, c’est la pizza », lâche MRY, blogueur émérite qui s’intéresse de près aussi à Nicolas Sarkozy. «La dernière fois, c’était plus vivant». Même Loïc Le Meur finit par demander à l’assistance comme rendre ce débat « moins chiant ». «Il faudrait se mettre debout, pour une ambiance plus “café”», assure MRY.

 

Et c’est lorsque l’on débat sur la manière dont on doit débattre que tout s’anime. «Vous êtes libres, c’est vous qui posez la question, c’est vous qui choisissez les sujets», ironise Loïc Le Meur. François Fillon est parti. Tout le monde se lève, on met les manteaux, les groupes se forment, on se « podcast » ou se « vidéocast ». C’est maintenant que les vraies discussions commencent.  « La règle ici, c’est la liberté », rappelle Yves Jégo. « Les blogueurs peuvent être durs quand ils sont derrière leur écran, mais en face ils ne disent plus rien. C’est dommage.»

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Photos Sébastien Ortola

mardi, 30 janvier 2007

Ce que les internautes préfèrent

Ce que les internautes préfèrent ? la vie privée de Ségolène plus que son programme. La candidate PS remporte un sondage à double tranchant. Xiti Monitor (1), institut d’études et de mesures d’audiences web, a mené début janvier une enquête sur les recherches des internautes concernant les deux favoris actuels (des médias surtout) de la présidentielle, à savoir Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

Durant la période observée, la première a plus attiré la curiosité que le second. Sur 100 visites, 63 ont concerné la candidate socialiste. Un résultat qui reflète principalement une plus grande apparition médiatique de Ségolène Royal. En revanche, les requêtes analysées montrent que sa vie privée et certains de ses propos intéressent plus les internautes que son programme.

  1. La première des recherches concerne son nom à 53%.
  2. Viennent ensuite sa vie privée (9,4%),
  3. ses maladresses médiatiques (6,0%),
  4. sa campagne et son programme (5,7%),
  5. François Hollande (1,3%)…

Concernant Nicolas Sarkozy,

  1. 43,8% des requêtes se font sur son nom.
  2. Le deuxième centre d’intérêt est sa femme, Cécilia Sarkozy (4,5% des recherches, à comparer au score de François Hollande)
  3. Le programme (3,7%).
A noter que cette enquête a été réalisée avant l’affaire des RG, avant la suspension d’Arnaud Montebourg, et aussi avant certaines déclarations concernant la Corse.

(1) Etude menée sur un périmètre de 67 sites web d’actualité et média généralistes entre le 1er et le 15 janvier.

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Orages

Pathétique. Si on ne pouvait faire mystère des coups bas qui allaient se donner, 2007 sera bien l’année des « boules puantes ». Cette semaine, nouveaux rebondissements. Gérald Dahan, à la merci de l’UMP, piège une Ségolène Royal particulièrement « légère » sur les questions territoriales – sur le statut de la Corse qui, comme chacun sait, est un enjeu fondamental. Je trouve particulièrement inadmissible ce genre de canular qui tente de déstabiliser la candidate socialiste. Le procédé est malhonnête et ce n’est pas en se comportant comme un trublion de la sorte que Dahan va élever le débat, bien au contraire.

Ce que j’attends et ce que nous attendons tous, ce sont des définitions d’axes politiques et pas des tentatives d’intimidation tout à fait indignes et qui musèlent complètement le débat. Au lieu d’entendre et d’évaluer des choses intéressantes ou plus critiquables, il faut anticiper la dernière invention de tel ou tel camp. 

En clair, dans l’état actuel des choses, je comprends la remontée spectaculaire de François Bayrou dont je salue par ailleurs le positionnement ferme à l’encontre de l’UMP. Je regrette davantage la percée silencieuse du vote pour l’extrême droite qui m’apparaît plus comme un vote contestataire que comme un suffrage pour les thèses nationalistes.

Et pendant ce temps-là, José Bové qui croit bon, au nom d’un « état de nécessité » (prétend-il) d’arracher des champs de maïs transgénique ou de faire régner la zizanie, annonce qu’il rendra publique sa candidature le 1er février. Je ne m’inquiète pas particulièrement d’une telle annonce et doute que celui-ci réunira les 500 parrainages d’élus d’au-moins 30 départements. Et, dans l’hypothèse où celui-ci les obtiendrait, l’un des enjeux majeurs d’une élection reposant essentiellement sur les questions politiques, économiques et sociales, Bové ne pourra pas faire mystère de son ingérence.

Jamais une campagne n’aura débuté aussi tôt. Mais moins de trois mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, les cartes sont jetées et chaque petite phrase va compter, être décortiquée par l’adversaire et critiquée. Et ça, qu’on se le dise, l’UMP s’en est fait une spécialité puisqu’une commission a été chargée de reprendre tous les propos de Ségolène Royal pour démonter chacune de ses interventions. J’attends donc la présentation du programme de la candidate socialiste le 11 février pour étudier chaque proposition, sachant pertinemment que je ne dégagerai pas un enthousiasme démesuré. Mais que le parti du ministre-candidat Sarkozy cesse un peu d’user de procédés détestables et laisse un peu entrevoir ses idées. L’attaque est souvent contre-productive et il existe une tendance à se prendre de sympathie pour celui qui supporte les mauvaises critiques. Que la droite poursuive sur sa lancée, il pourrait y avoir de nouvelles surprises les 22 avril et 6 mai.

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Glucksmann, le (boat) people qui rame pour Sarkozy

Bien sûr, le ralliement d'André Glucksmann peut surprendre quand on se souvient que l'ancien camarade de Sartre et Foucault a été maoïste. Mais si l'on a suivi un temps soit peu son parcours depuis quelques années, cela n'a rien de surprenant. Le texte que l'intellectuel a publié hier dans "Le Monde" et dans lequel le ministre de l'Intérieur se voit incarner la « France du cœur » est bien fastidieux et long. Impossible de croire Glucksmann lorsqu'il feint de penser sur quatre colonnes que Sarkozy se réclame sincèrement de Camus et de Jaurès.

 

Ce qui raccroche Glucksmann à Sarkozy, c’est leur atlantisme. Et c’est tout. Sarkozy n’a jamais lancé d’attaques en règle contre Poutine, bête noire de Glucksmann. Tout juste Sarkozy s’était-il pris la peine de faire remarquer que ceux qui l’accusaient récemment de zèle pro-américain étaient les mêmes qui ceux qui serraient la « pogne de Poutine ». Ses critiques sur la Tchétchénie, citées dans la tribune du « Monde », n’ont rien de plus hardies que celles des autres hommes politiques français.

 

Quant à l’autre grand combat de Glucksmann pour le Rwanda et la mémoire tutsie (et notamment, la reconnaissance de la responsabilité française dans les massacres), rappelons qu’Edouard Balladur, proche de Nicolas Sarkozy, a été auditionné en 1998 par la mission parlementaire sur le génocide rwandais. Le rôle ambivalent en 1994 de la France, alors gouvernée par le mentor politique de Nicolas Sarkozy, ne devrait pas jouer a priori dans le sens d’une amitié Glucksmann-Sarko…

 

Donc, l’atlantisme lie les deux hommes. Ce n’est pas un hasard si André Glucksmann avait récemment interviewé avec Pascal Bruckner, Michael Prazan et Yasmina Reza le ministre de l’Intérieur dans « Le meilleur des mondes », la revue éditée par le cercle de l’Oratoire, émanation en France la plus proche du néo-conservatisme américain. Dans ce long entretien, Nicolas Sarkozy détaille ce qui peut être considéré comme sa plate-forme en politique étrangère.

S’il rappelle qu’il était opposé à la guerre en Irak (contrairement à Glucksmann), Nicolas Sarkozy partage une vision atlantiste très proche de celle de ses interlocuteurs.

 

Rien de mal à ça d’ailleurs. Reste surprenant que Glucksmann, qui persiste à penser que l’intervention en Irak était bonne, ne prononce pas une seule fois dans son coming out pro-Sarko le mot « Etats-Unis ». En filigrane, quand il parle de la France qui doit « s’ouvrir fraternellement au monde » et renoncer à la Realpolitik chiraquienne, se devine l’ombre du droit d’ingérence avancé pour justifier la guerre contre le régime de Saddam Hussein. Mais jamais il ne parle des Etats-Unis en tant que tel. Il donne ainsi l’impression de ne pas assumer. Ou plutôt de ne pas vouloir donner le bâton pour se faire battre. Car Glucksmann sait sans doute qu’avoir une position plus ou moins pro-américaine comme seul dénominateur commun avec Sarkozy n’est pas suffisant pour justifier un ralliement. 

 

Il y a fort à parier malgré cela que Pascal Bruckner, parmi d’autres, choisisse à son tour Nicolas Sarkozy. Peut-être le justifiera-t-il avec moins de circonvolutions.

 

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lundi, 29 janvier 2007

Y a t-il une taupe dans la rédaction?

Les journalistes politiques doivent-ils se retrancher dans le secret de leur trois-pièces pour gratter copie sur Sarkozy ?  A lire le journal suisse Le Matin, édition du 27.01.07, on est en droit de se poser la question : Le Figaro, Le Parisien et d’autres deviendraient des Pravda du XXIe siècle.

 

« Sarkozy s’est constitué une cour de sans-grade qui espionnent pour lui à l’intérieur des rédactions, recevant en compensation des informations exclusives ou des promesses de promotion », assène Ian Hamel dans cet article intitulé « Mainmise sur la presse tricolore ».

 

Le Matin est ce tabloïd suisse qui se repaît du moindre déboire sarkoïde. En mai 2005, il avait drainé une foule d’intenautes français sur son site en racontant par le menu l’escapade de Cécilia Sarkozy avec le publicitaire Richard Attias. « si Johnny achète une montre suisse demain, ils en feront la Une après-demain » plaisante un confrère de l’Hebdo de Lausanne qui parle de « méthodes limites ». Autre précision à apporter pour planter le décor : le sulfureux journaliste auteur de l’article Ian Hamel a écrit un livre, « La vérité sur Tariq Ramadan » qui dément les liens entre l’universitaire et l’islamisme radical.

Ceci précisé, rien ne permet de dire que certaines infos de Ian Hamel ne sont pas le reflet d’une certaine vérité. L’intéressé veut convaincre du sérieux de son article :

 

« J’ai appelé les rédactions. Au Figaro, un journaliste m’a dit qu’il était obligé de se planquer pour enquêter sur le ministre, parce qu’il savait que ses faits et gestes seraient répétés par d’autres de la rédac’. Au Parisien, un autre m’a certifié qu’il avait reçu un coup de fil désagréable d’un proche de Sarko, qui savait déjà que le rédacteur préparait un papier peu laudatif. ».

 

Hamel ne veut préciser ni le nom de ces journalistes terrorisés, ni celui de leurs confrères prompts à passer des coups de fil place Beauvau. « Loi du off », assure t-il.

Tout aussi pointilleux sur le off, un nom de la presse l'assure:

 
« les murs des rédactions ont de plus en plus d’oreilles à l’approche de l’élection présidentielle. Certains journalistes essaient de se placer en vue d’une victoire de tel ou tel. Par exemple, il n’est pas rare que le staff de Nicolas Sarkozy sache, avant même publication du moindre communiqué de presse, le déroulement de telle ou telle émission. Par quel mystère, si ce n’est grâce à des informateurs situés à l’intérieur même des rédactions ? »


Peut-être suffit-il de lire la prose de Sarkozy lui-même pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts. Comme le rappellent Véronique Groussard et Claude Soula dans le Nouvel Obs, le champion de l’UMP a déjà théorisé sa stratégie de pieuvre journalistique. Sous pseudo, il écrivait dans un feuilleton estival de 1995 des Echos :

 
« Privilégiez [les journalistes] les plus jeunes et les moins titrés […], vous les formerez à votre main et vous bénéficierez d’un réseau qui vous sera acquis ».
 
 
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Feux et contre-feux

« Non, mais vous n’avez pas compris ce qu’il voulait dire, ses propos ont été déformés par ses adversaires. » C’est l’exercice continuel auquel doivent se prêter les porte-parole des candidats à la présidentielle durant la campagne. Et ils ont du travail en ce moment.Deux exemples rien que pour ce week-end.

Invité d’Europe 1 dimanche soir, Jean-Louis Bianco, co-directeur de campagne de Ségolène Royal, a eu du pain sur la planche avec les « bourdes » de sa patronne que ce soit sur le Québec, sur la Corse, sur les sous-marins nucléaires, ou sur les positions prises énoncées durant sa tournée aux Antilles.L’exercice a parfois ses limites quand Jean-Louis Bianco revient sur l’épisode du Québec, [Ségolène Royal avait exprimé « sa sympathie pour la souveraineté de la province canadienne »]. « Souveraineté et sécession, les mots ont un sens en Français, souveraineté ne veut pas dire indépendance », explique l’ancien secrétaire général de l’Elysée. Les mots ont un sens aussi au Québec, surtout quand on parle de souveraineté et d’indépendance, sujet dont les Français ne mesurent pas l’importance, les enjeux et les passions qu’il suscite.


En face, le porte-parole du candidat de l’UMP a dû se livrer au même genre d’exercice périlleux. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy avait affirmé que le Contrat nouvelle embauche (CNE) était «un progrès» et souhaité « la mise en place d’un contrat unique inspiré du CNE ». Des déclarations qui ont fait monter au créneau ses adversaires de gauche, mais aussi les organisations lycéennes qui y ont vu un retour en force du CPE. Une bombe à retardement donc qu’il fallait désamorcer au plus vite. Dans une interview publiée dans La Tribune ce lundi, Xavier Bertrand a nuancé le propos : « l'intention n'est pas de le généraliser », a-t-il expliqué, restant toutefois vague sur les contours du « contrat unique » de travail.

Quant à savoir ce que les électeurs retiennent de ces pas de deux…

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vendredi, 26 janvier 2007

Combats ou coups bas?

On nous avait promis un débat d’idées, une campagne projet contre projet… Sauf que depuis que la campagne pour la présidentielle a vraiment commencé (c’est-à-dire depuis la désignation de Nicolas Sarkozy comme le candidat de l’UMP), on attend encore. Et les récentes affaires de ces derniers jours ne laissent augurer rien de bon.

Listons les ensemble :

  1. Ségolène Royal obligée de dévoiler son patrimoine après une campagne sur internet et des mails qui sont venus on ne sait d’où ; rumeurs sur la fragilité, voire l’inexistence, du couple Royal-Hollande ;
  2. Nicolas Sarkozy soupçonné d’utiliser les RG pour enquêter sur l’entourage de Royal ;
  3. livre noir du PS sur le bilan du ministre de l’Intérieur,
  4. création d’une cellule pour relever les bourdes de la candidate socialiste parce que dixit un membre du staff  de  Sarko « on veut trouver des angles d’attaque et pas répéter les erreurs de Fabius et Strauss-Kahn qui l’ont attaqué sur un plan personnel.»… Une cellule efficace puisque dans les rédactions, il ne passe pas une journée sans que l’on reçoive des mails argumentés sur telles ou telles déclarations de Ségolène Royal.


Ne soyons pas angéliques, on le sait, une campagne électorale, c’est quelque chose de violent, c’est un affrontement idéologique majeur dans le temps politique. Ceci étant dit, les Français n’oublieront pas qu’on a leur a promis une campagne différente basée sur les idées. Or regardons un peu ce qu’il se passe : Nicolas Sarkozy a déjà avancé une bonne partie de son programme (des proches assurent toutefois qu’il a en réserve de « nouvelles propositions majeures »), et Ségolène Royal n’a pas terminé son débat participatif. C’est comme si Michael Schumacher avait terminé ses tours de chauffe alors que Fernando Alonso en était toujours à régler le moteur de sa Formule 1. Il est difficile de savoir qui a la meilleure voiture.

Quant aux autres, on ne les entend pas non plus sur leur programme pour le moment : François Bayrou insiste dans sa posture « Moi, François, seul contre les médias » puisque ça fonctionne, Marie-George Buffet doit assumer le rôle de celle qui a tué la candidature unique antilibérale, Dominique Voynet n’incarne toujours pas l’écologie au-delà des seuls Verts, et les Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan, Olivier Besancenot, Arlette Laguiller et consorts se battent pour exister.

Rarement une campagne n’a commencé de manière aussi virulente. Quelle tournure prendra-t-elle ? Difficile de se faire une idée tant que tous les programmes ne sont pas finalisés. On se souvient qu’en 2002, c’est la fin de campagne qui avait été vampirisée par les questions de sécurité. En tout cas, Quitterie Delmas (UDF) qui officie aussi sur ce blog, s’est déjà posée la bonne question en se demandant si le programme de la droite n’était pas juste de battre la gauche, et inversement.

N’oublions pas non plus qu’il y en a un qui continue de mener campagne à son rythme, surfant toujours sur les déçus de la politique, et en se disant que si la campagne continue comme ça, c’est tout bénéfice pour lui.

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lundi, 22 janvier 2007

Et c’est parti ...

Ouf ! Honnêtement, je suis content qu’on sorte enfin de cette période d’étripage dans notre camp. Je n’en pouvais plus de ce jeu de petites phrases entre tous les ego surdimensionnés de la politique.
Le congrès pour Nicolas Sarkozy était incroyable ! Je me suis levé à 4 heures du matin et on est parti avec près de 300 personnes pourêtre vers 10 h 00 au meeting. L'impression était incroyable avec près de100.000 personnes — allez disons 70.000 personnes —  qui étaient venues departout. C’est une des choses que j aime dans l’engagement politique : des gens venus de partout en France des jeunes, des aînés, des cadres, desclasses moyennes, des retraités ... Un peu de tout. J’avoue que j’ai eu quelques moments de vraie émotion. C’est tout bête mais en regardant défiler un petit film où on voyait s’exprimer des Français de tous les métiers et de toutes les régions, je me suis juste dit que ce pays décidemment avait quelque chose de magique. Visiblement, Sarkozy était ému. On ne pouvait pas le voir à l’écran mais il a monté les marches avec une certaine lenteur comme conscient qu’une nouvelle page s’ouvrait.

Et maintenant. Maintenant, je voudrais juste que cette campagne ne soit pas un jeu de massacre consistant à démolir ceux d’en face. Si seulement on pouvait se contenter de mettre nos propositions sur la table ce ne serait pas si mal ! J’ai été choque par un brûlot contre Sarkozy qui était à la limite du dénigrement personnel. En tout cas je pense que dans ma génération, on en a ras le bol de ce genre de dénigrement. A suivre ...

Prochain épisode, je vous raconterai la mise en place de l’équipe de campagne.

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Les candidats, le stress et l’Internet

Plus que 89 jours.

L’investiture de Nicolas Sarkozy, le 14 janvier, a marqué la fin d’une période, celle de la pré campagne, celle où les candidats s’offrent encore l’illusion que leurs éventuelles erreurs pourraient ne pas avoir trop de conséquences. Depuis une bonne semaine, nous sommes en campagne : tout le monde est là (même Nicolas Hulot se sent obligé de clarifier sa position) ou presque, et nous sommes entrés dans un combat à durée déterminée. Quand il reste moins de cent jours, on n’économise plus ses forces, on se jette dans la bataille.Et ces cent jours commencent par des bévues du coté gauche. Renvoi d’Arnaud Royal, hésitations et complexes fiscaux, prestation plus que moyenne sur TF1 de la candidate : la tension est palpable. Ségolène Royal a trouvé un coupable à la tension : le début de campagne de « racaille », se posant en victime de rumeurs, alors qu’elle chercherait à élever le débat. Le stress s’explique simplement, en fait : nous sommes dans la première élection où Internet peut venir bouleverser les choses en permanence. Les internautes sont, dans le programme des cent jours à venir, un fantastique moteur d’incertitude. Ils sont déjà à l’origine de deux emmerdements de taille pour la candidate, qu’elle a réussi jusqu’ici à reprendre, mais qui ont fortement modifié son agenda politico médiatique : la vidéo sur les 35h des professeurs, et la rumeur sur la SCI qu’elle avait constituée avec son compagnon.

Pourquoi ce niveau de stress ? Parce que chaque équipe de campagne se demande ce qui va sortir, encore, des échanges des internautes. Elles tentent soit de le prévenir (bon courage), soit de le modérer, soit, parfois, mais sans jamais l’avouer, de susciter les bruits qui pourront embarrasser l’autre camp. Les media, qui ont flairé le filon, surveillent en permanence ce petit monde des internautes, transformant volontiers la moindre vidéo postée en un phénomène de société. Les blogueurs et internautes, eux, continuent bon an mal an leurs échanges d’un air à moitié amusé, à moitié nerveux : ils n’ont jamais demandé ce statut de trublions du jeu politique, et sentent bien toutes les tentatives de manipulation ou d’instrumentalisation dont ils sont l’objet.

Dans ce jeu, c’est finalement surtout aux intermédiaires classiques du débat qu’il faut faire appel : sachez vous modérer, ne pas légitimer ce qui n’est que de la rumeur en la brandissant à la une, ne pas en rajouter sur la moindre calomnie qui circule en ligne. Les internautes savent bien, eux, que l’essentiel de leurs échanges n’est pas fait de ça.

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PS : merci à 20minutes.fr de m’accueillir dans ce blog, où je tenterai de suivre avec vous cette passionnante campagne en ligne.

 
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