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lundi, 26 février 2007

Bayrou : le décollage a eu lieu

Un petit schéma vaut mieux qu'un long discours : 

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(vous voyez la montée de la courbe bleue ?) 

Ceci-dit, un petit discours s'impose, surtout en prolongation d'une note publiée il y a quelques semaines sur ce blog, où je notais un frémissement pour le moins léger en faveur de François Bayrou dans les discussion qui émaillaient les espaces sociaux en ligne, et l'absence de ralliements (certains ont eu lieu depuis). 

Ce joli graphique indique, jour après jour, le nombre de billets publiés sur des blogs incluant les termes "françois bayrou" (bleu), "ségolène royal" (orange) et "nicolas sarkozy" (vert). L'outil de mesure est blogpulse, mais on peut également se référer à d'autres outils, tels que le tendançologue, sur l'observatoire de la présidentielle. Ils indiquent une évolution proche.

Tous les outils convergent : on parle, en ligne, désormais presque autant de Bayrou que des deux autres candidats. Le rapport n'est pas encore celui d'une égalité de traitement par les internautes, mais, pour simplifier, là où 100 blogs parlent de Sarkozy ou de Ségolène, on monte, hors exceptions, à 70 pour Bayrou, contre un rapport de 100 à 15/20 il y a trois semaines.

Le décollage a donc eu lieu. Il date de début février. Auparavant, c'était le calme plat, ou presque, sur le candidat centriste (le frémissement est très léger entre le 15 et le 30 janvier, et le même mouvement est perceptible chez tous les candidats : c'est l'élection en soit qui prend de la part de bruit médiatique, Bayrou voit même sa "part de marché " baisser).

Thierry Crouzet voit dans ce décollage le symbole de la victoire du 5ème pouvoir, qui impose son candidat à la société médiatique :

"Cette idée il ne l’a pas imposée, il l’a juste semée. Le cinquième pouvoir s’en est emparé, il l’a diffusée lentement. Aujourd’hui, elle remonte par percolation comme l’eau dans une cafetière, elle finit par atteindre la surface, et les Ségo-Sarko comme les médias ne peuvent plus l’ignorer. Alors ils la répètent, la consolident. Mais elle n’est pas née grâce à eux, elle n’a pas été calculée par eux mais par le cinquième pouvoir lui-même."

Difficile de dire qui est l'oeuf et la poule, dans l'émergence de Bayrou ces trois dernières semaines, entre le supposé cinquième pouvoir que constitueraient les internautes, nouvelle force autonome, et les media et faiseurs habituels d'opinion. Thierry en fait un élément de démonstration de la révolution qu'il chronique dans son livre et qu'il promeut depuis des mois. Je reste pour ma part dubitatif.

D'une part, les internautes, selon tous les outils de mesure dont on peut disposer, parlaient nettement moins de Bayrou que ne peut le supposer son poids électoral (il était 5  à 6 fois moins présent que les deux leaders). Tout juste pouvait-on noter, qualitativement, une sensibilité croissante au candidat centriste dans quelques espaces relativement visibles, et peut-être pionniers, des discussions politiques. C'est faible. Rien ne permet de dire que les internautes onteffectivement diffusé la graine Bayrou, que la plante a germé, avant que les media ne viennent l'arroser.

Car les media ont copieusement arrosé la graine : ce sont manifestement les sondages de la fin janvier qui ont généré l'explosion. Entre le 20 et le 30 janvier, plusieurs sondages montrent une progression de François Bayrou, qui, fait nouveau, passe devant Jean-Marie Le Pen. La presse s'empare alors de son maronnier de chaque janvier de présidentielle : le troisième homme. Les couvertures s'affolent, et Bayrou fait la une des media : l'hypothèse du troisième homme devient crédible, et, peu à peu, surtout la semaine dernière, l'hypothèse d'arrivée au second tour de François Bayrou devient un sujet de conversation majeur, même chez les internautes. La plus forte progression de Bayrou dans les discussions correspond à la semaine où il est très fortement exposé médiatiquement (A vous de Juger, France Europe Express...) en télévision.

Le fameux "cinquième pouvoir" est peut-être responsable, partiellement, du gain initial de quelques points dans les sondages, du passage de 7 à 8 ou 9%, à la faveur d'un discours fortement orienté dans le sens, le thème, les valeurs de ces internautes actifs (critique des media). Rien ne le prouve, mais on pourrait l'imaginer. Reste que le décollage réel, celui qui fait de F. Bayrou aujourd'hui une alternative crédible, répond à une logique proche de celle de l'apparition de S. Royal il y a plus d'un an : par un jeu d'emballement médiatique fondé sur quelques sondages d'opinion, sur un personnage dont le discours ou le positionnement est manifestement susceptible de remporter une adhésion. 

De quoi rester encore modeste sur le poids et l'influence des blogs et des internautes dans le jeu politique... En tout cas comme initiateurs de mouvements de fond. Ils sont en revanche de fantastiques relais réactifs à l'actualité médiatique.

 

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