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mardi, 30 janvier 2007

Glucksmann, le (boat) people qui rame pour Sarkozy

Bien sûr, le ralliement d'André Glucksmann peut surprendre quand on se souvient que l'ancien camarade de Sartre et Foucault a été maoïste. Mais si l'on a suivi un temps soit peu son parcours depuis quelques années, cela n'a rien de surprenant. Le texte que l'intellectuel a publié hier dans "Le Monde" et dans lequel le ministre de l'Intérieur se voit incarner la « France du cœur » est bien fastidieux et long. Impossible de croire Glucksmann lorsqu'il feint de penser sur quatre colonnes que Sarkozy se réclame sincèrement de Camus et de Jaurès.

 

Ce qui raccroche Glucksmann à Sarkozy, c’est leur atlantisme. Et c’est tout. Sarkozy n’a jamais lancé d’attaques en règle contre Poutine, bête noire de Glucksmann. Tout juste Sarkozy s’était-il pris la peine de faire remarquer que ceux qui l’accusaient récemment de zèle pro-américain étaient les mêmes qui ceux qui serraient la « pogne de Poutine ». Ses critiques sur la Tchétchénie, citées dans la tribune du « Monde », n’ont rien de plus hardies que celles des autres hommes politiques français.

 

Quant à l’autre grand combat de Glucksmann pour le Rwanda et la mémoire tutsie (et notamment, la reconnaissance de la responsabilité française dans les massacres), rappelons qu’Edouard Balladur, proche de Nicolas Sarkozy, a été auditionné en 1998 par la mission parlementaire sur le génocide rwandais. Le rôle ambivalent en 1994 de la France, alors gouvernée par le mentor politique de Nicolas Sarkozy, ne devrait pas jouer a priori dans le sens d’une amitié Glucksmann-Sarko…

 

Donc, l’atlantisme lie les deux hommes. Ce n’est pas un hasard si André Glucksmann avait récemment interviewé avec Pascal Bruckner, Michael Prazan et Yasmina Reza le ministre de l’Intérieur dans « Le meilleur des mondes », la revue éditée par le cercle de l’Oratoire, émanation en France la plus proche du néo-conservatisme américain. Dans ce long entretien, Nicolas Sarkozy détaille ce qui peut être considéré comme sa plate-forme en politique étrangère.

S’il rappelle qu’il était opposé à la guerre en Irak (contrairement à Glucksmann), Nicolas Sarkozy partage une vision atlantiste très proche de celle de ses interlocuteurs.

 

Rien de mal à ça d’ailleurs. Reste surprenant que Glucksmann, qui persiste à penser que l’intervention en Irak était bonne, ne prononce pas une seule fois dans son coming out pro-Sarko le mot « Etats-Unis ». En filigrane, quand il parle de la France qui doit « s’ouvrir fraternellement au monde » et renoncer à la Realpolitik chiraquienne, se devine l’ombre du droit d’ingérence avancé pour justifier la guerre contre le régime de Saddam Hussein. Mais jamais il ne parle des Etats-Unis en tant que tel. Il donne ainsi l’impression de ne pas assumer. Ou plutôt de ne pas vouloir donner le bâton pour se faire battre. Car Glucksmann sait sans doute qu’avoir une position plus ou moins pro-américaine comme seul dénominateur commun avec Sarkozy n’est pas suffisant pour justifier un ralliement. 

 

Il y a fort à parier malgré cela que Pascal Bruckner, parmi d’autres, choisisse à son tour Nicolas Sarkozy. Peut-être le justifiera-t-il avec moins de circonvolutions.

 

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