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mercredi, 07 mars 2007

Ça baille aux Cormeilles

Quand on se tape la sortie de Paris aux heures de pointes, la traversée de Saint-Ouen, l’A15 encombrée ras-la-gueule, l’A115 pareille et les petites routes à guetter le moindre panneau indiquant où se trouve la salle des fêtes de Cormeilles-en-Parisis, commune coincée entre Franconville et Argenteuil, quand on arrive sur place après une heure et demie de bagnole dont le chauffage est bloqué sur le chaud, on ne peut pas s’empêcher de se demander, avec un poil d’énervement, ce que Nicolas Sarkozy est venu foutre un mardi soir de Ligue des Champions dans ce bled paumé où on a plus envie de mourir que de vivre ce joli petit coin du Val d’Oise.

La réponse est au bout du couloir comme disait un grand philosophe sur TF1 le lundi soir. En l’occurrence, le bout du couloir il est à dix minutes de marche sous la pluie parce que forcément, on n’a trouvé à se garer qu’à perpet’. Enfin, la salle des fêtes se profile. Enfin plutôt, un espèce de gymnase look néo-stalinien. A l’intérieur, les panneaux de basket sont toujours accrochés et il ne manque que les buts de hand aux deux extrémités.

Les invités dont la moyenne d’âge frôle la teneur en alcool d’une vodka russe frelatée, sont installés en bas, les journalistes sont placés dans les gradins là où d’habitude le public vibre pour un derby entre l’ASCS basket Cormeilles-en-Parisis et l’Olympique Sannois-Saint-Gratien.

Et oui, vous qui pensez que les journaleux sont logés à la meilleure enseigne, qu’ils sont installés dans des fauteuils en cuir, que des nymphes à moitié nues leur servent des coupes de champagne tandis qu’un assistant stagiaire prend des notes à leur place, vous êtes loin de la réalité. Non, nous ne sommes pas à plaindre, mais franchement, se taler le cul sur un gradin en béton à écouter un discours qu’on peut prévoir à l’avance, ce n’est pas vraiment une soirée de rêve.

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La preuve en photo. Vous voyez dans les gradins en haut, c’est nous, les journalistes, en train d’écouter religieusement le best-off Sarko. Entouré de rouge, c’est ma pomme. En blanc, en revanche, ce n’est pas l’envoyé spécial du magazine interne de Monsieur de Fursac. Non, même s’il aborde la coupe de cheveux que moi, il s’agit d’un membre de la sécurité. Et il y en a comme ça quelques-uns disséminés un peu partout pour surveiller le bon déroulement des opérations et qui sont prêts à intervenir au cas où fuse dans la salle un « Sarko, on aura ta peau », comme cela a été le cas mardi soir.

Le truc marrant, c’est qu’il y avait du public assis avec nous, et notamment trois groupies qui hurlaient « Sarko président à tout bout de champ ». J’ai failli lâcher une grosse connerie à mon voisin en lui disant que ça commençait à se voir le soutien des journalistes d’ Europe 1 à Sarko. Je me suis retenu, je crois que cette vanne au 30 000ème degré aurait été mal prise.

J’en reviens à ma question de base : que venait faire le candidat de l’UMP dans ce trou cette riante bourgade qui conjugue les charmes de la province et la proximité de Paris ? Je pose la question à Alexandra, une des attachés de presse. « C’est dans le cadre normal des réunions publiques, nous faisons ce genre de meetings partout en province. Il est vrai que c’est la région d’Axel Poniatowski (député proche de Sarkozy). En tout cas, ce n’est pas LE déplacement en banlieue comme on a pu le lire. »

Il est vrai qu’Argenteuil, là où le ministre de l’Intérieur avait lâché le mot racaille en 2005, se situe juste à côté. Argenteuil où le candidat a promis de revenir mais où il se fait toujours désirer. Et là, on comprend mieux ce qu’il est venu faire. Il est venu s’adresser à la banlieue des pavillons, celle qui regarde d’un œil inquiet la banlieue des HLM, celle qui subit le plus les grèves des transports, celle qui pense payer trop d’impôts, celle qui pense que l’euro nous a fait perdre du pouvoir d’achat…

Alors Nicolas Sarkozy leur parle des « conducteurs de bus agressés », des « petits caïds impunis » dans les cités, de « service minimum dans les transports », de la « protection » des salariés et des industries, du « renforcement » et de la « responsabilisation » de la famille, des « solidarités distendues » entre proches ou voisins, de la « défense des valeurs de la France »… Un discours bien ciblé. L’audience a d’ailleurs apprécié toutes ces attentions. C’est toujours là qu’on se rend compte que ce qui prime, c’est l’importance avec laquelle on assène ses convictions et sa vérité. Peu importe les libertés qu’on peut prendre avec la réalité.

Un seul exemple ce mardi soir. Nicolas Sarkozy a remis sur le tapis la question de la responsabilité des magistrats, en en faisant une promesse de campagne. Mais qui sait dans la salle que le 1er mars, le Conseil constitutionnel a censuré quatre articles d’un projet de loi justement sur la responsabilité des magistrats, dont l'un créait une nouvelle faute disciplinaire pour les magistrats ? Selon cette haute autorité judiciaire, cette disposition était contraire à la Constitution. Mais cela n’empêche pas un candidat de la promettre quand même. Reste à savoir ce que pèse un avis du Conseil constitutionnel dans son esprit.

C’est en tout cas ce que je me demandais dans la voiture en repartant tandis que nous étions bloqués dans les embouteillages. Il y a une logique à finir la journée comme on l’a commencée. Avec l’impression de ne pas avoir beaucoup avancé. Au propre comme au figuré.

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(photo d'origine mais mal trafiquée par mes soins : Sébastien Ortola /20minutes)

19:49 Publié dans David Carzon | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : sarkoy, cormeilles

 
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