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dimanche, 25 mars 2007

Vote utile… identitaire ou stratégique ?

Le vote utile sera un des déterminants des comportements électoraux de l’électorat de gauche le 22 avril. Dans ce domaine, deux logiques s’affrontent : celle du vote utile « identitaire » et celle du vote utile « stratégique ». La clé du premier tour tient de cet arbitrage. Le vote utile « identitaire » doit s’entendre comme le réflexe de l’électorat de gauche d’éviter un nouveau 21 avril, et l'absence de la gauche au second tour. Ce comportement réduit l’espace politique de la gauche de la gauche (7% aujourd’hui pour 10,4% le 21 avril 2002 selon le dernier sondage Ipsos) et profite à la candidate socialiste. Il constitue sans doute un argument majeur de vote en faveur de Ségolène Royal, qui lui permet d’afficher aujourd’hui un taux de mobilisation des sympathisants PS (70%) meilleur que celui recueilli par Lionel Jospin le 21 avril 2002 (47%).

Le vote utile « stratégique » peut se définir quant à lui comme le vote privilégiant la meilleure solution pour battre Nicolas Sarkozy. Il profiterait à François Bayrou, mieux placé dans les enquêtes d’intentions de vote second tour et expliquerait le ralliement d’une partie des sympathisants socialistes à l’élu béarnais. Que de tels électeurs stratèges existent ne fait pas de doute. Pour autant, ce vote utile stratégique nous semble moins important que le vote identitaire, et en perte de vitesse. En effet, la publication régulière depuis janvier d'enquêtes de second tour donnant Ségolène Royal battue face à Nicolas Sarkozy, et qui dans le même temps mesurent François Bayrou en tête, devrait alimenter le siphonage de l'électorat de gauche vers le leader centriste. Or, si au plus fort de sa percée François Bayrou captait le soutien de 25% des proches du PS, ce taux est aujourd'hui retombé à 15%. Après une progression de 10 points en un mois et demi sur l'ensemble de l'échantillon Ipsos (jusqu'à 24%), il en a perdu 5 cette semaine (19% au dernier pointage).

L'explication de ce reflux se trouve peut-être dans les pronostics de victoire. Malgré les enquêtes favorables, la conviction que François Bayrou pouvait gagner ne s’est pas imposée dans l’opinion, y compris au sein de son électorat : le 16 mars, seuls 22% des personnes déclarant une intention de vote pour lui au premier tour pensaient qu’il serait élu le 6 mai (Ipsos). Au final, la résistance actuelle de Ségolène Royal dans les enquêtes, alors même qu’elle s'est trouvée un temps à égalité avec Bayrou, et la dynamique défavorable cette semaine du candidat de l’UDF dessinent assez nettement à un mois du premier tour la prévalence d’un vote identitaire politique sur un vote stratégique transgressant les appartenances.

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vendredi, 23 février 2007

La galère des petits candidats

Si Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal font la course en tête pendant que François Bayrou et Jean-Marie Le Pen se disputent la troisième place, derrière, ça rame. Sous-exposition médiatique ou effet "vote utile", toujours est-il qu'aucun des autres candidats testés depuis octobre 2006 par les six principaux instituts de sondages n'a jamais dépassé la barre des 5%.

Selon la dernière mesure réalisée par BVA les 19 et 20 février, Marie-Georges Buffet mène le gruppetto à 4% d'intentions de vote, juste devant Olivier Besancenot, Arlette Laguiller et Philippe de Villiers à 3% ; José Bové est à 2%, Dominique Voynet à 1%, et Corine Lepage est crédité d'un astérisque, renvoyant vers un diplomatique "résultat non significatif"...

Au-delà de la variation des scores d'un institut à l'autre, consécutifs à une offre électorale plus ou moins large (Ipsos propose l'offre la plus complète en testant également Nicolas Dupont-Aignan, Frédéric Nihous et Gérard Schivardi), le fait est qu'aucun des petits candidats n'arrive à percer. Ce n'était pas le cas en 2002, le rapport de force était beaucoup plus serré.

La Sofres avait mesuré dans ses intentions de vote de février Arlette Laguiller à 7,5% (le 23), Robert Hue à 6,5% (le 2), Noël Mamère à 7% (le 15), alors que Jean-Marie Le Pen et Jean-Pierre Chevènement oscillaient autour des 10%. Ipsos obtenait des résultats comparables. A cette époque, derrière Jacques Chirac et Lionel Jospin, cinq candidats pouvaient prétendre au podium.

Les petits candidats sont-ils aujourd'hui condamnés à rester en fond de cale ? Le sujet fait débat. Avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal qui captent toujours à eux deux environ 60% des intentions de vote, contre moins de 50% pour le total Chirac+Jospin en 2002, la marge de manœuvre est plus étroite.

D'autant plus que derrière, le candidat "ni gauche ni droite" de 2007 est plus haut que celui de 2002 (de 15 à 17% selon les instituts pour F. Bayrou, contre à peu près 10% pour J.P. Chevènement en février 2002), et que Jean-Marie Le Pen est lui aussi en avance sur ses temps de passage (+ 3 points en moyenne). C'est peut-être une conséquence du 21 avril, les candidats des grands partis mobilisent beaucoup mieux leur camp cette année. Plus de 80% de l'électorat UMP choisit Nicolas Sarkozy dès le premier tour (on était autour des 60% pour Jacques Chirac en 2002), les deux-tiers des sympathisants socialistes choisissent Ségolène Royal (moins de 60% en moyenne pour Lionel Jospin, et à peine un peu plus de 50% à l'approche du scrutin), François Bayrou est aujourd'hui soutenu par 60% des proches de l'UDF (40% en 2002) ; Le Pen reste à 80% de soutien dans son camp.

Avec un électorat moins dispersé, on se rapproche des "parts de marché" des différents partis, si l'on se réfère aux niveaux des proximités partisanes relevés par les sondeurs dans leurs échantillons. Pour autant, tout n'est pas joué. Les municipales 2008 en point de mire, les maires hésitent à parrainer qui que ce soit. Le couperet des 500 signatures devrait alors clarifier l'offre électorale et aider les candidats qui auraient gagné leur ticket d'entrée. Surtout, la campagne officielle n'a pas encore commencée. L'égalisation des temps de parole profite aux moins connus, et bouleverse parfois l'ordre établit.

En avril 2002, les Français découvraient Olivier Besancenot, qui gagnait alors soudainement 4 points d'intentions de vote, pour se retrouver tout près du seuil des 5%, qui fait passer le remboursement des frais de campagne de 5 à 50% des dépenses (plafonné selon le cas à  800 000 ou 8 millions d'euros). Ils étaient 7 à en bénéficier en 2002 (Chirac, Le Pen, Jospin, Bayrou, Laguiller, Mamère et Chevènement), pas sûr qu'en 2007 ils soient aussi nombreux.

•• Notre prévision : tous fauchés ! ••

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vendredi, 16 février 2007

Les trois défis de Ségolène Royal

Dans son fameux article « l’opinion publique n’existe pas », Pierre Bourdieu, outre un questionnement critique sur l’outil des sondages, dénonçait les « coups de forme et de force » auxquels leur exploitation médiatique pouvait donner lieu. L’actualité récente nous fournit deux belles illustrations de ces « coups », c’est-à-dire d’utilisation partiale des enquêtes d’opinion. Ainsi du sondage de l’Ifop pour Paris-Match.

Réalisé le lundi, lendemain du discours de Ségolène Royal à Villepinte, publié dès le lundi après-midi, il n’avait pour finalité que de démontrer, ainsi que l’a écrit l’institut et que l’ont commenté nombre d’agences et de médias « l’absence d’effet Villepinte ». Comme si cet effet aurait forcément dû être immédiat et se mesurer entre le dimanche soir et le lundi matin, comme si l’on présupposait au fond que tous les Français étaient au meeting ou rivés devant LCI ou BFM TV… Le bon sens, comme la rigueur, commande toujours de laisser le temps à une réaction de se produire avant d’en mesurer les effets. L’oubli du temps, voilà bien le coup de forme de l’Ifop.

Ou encore du sondage réalisé par BVA pour Orange et commenté ainsi par l’AFP « Ségolène Royal progresse au premier tour mais régresse au second ». La régression supposée, à 47% au second tour, s’appuye dans cette enquête sur une comparaison avec une autre enquête BVA du 7 février donnant alors 48% à la candidate socialiste. Le problème est qu’à cette date, BVA est le seul institut à mesurer Ségolène Royal à 48% quand tous les autres la mesurent à 47% ou 46% …

Du coup, ce qui aurait été stabilité et progrès chez n’importe quel autre institut devient recul chez BVA. On aurait aimé là encore que ce sondage soit traité avec plus de justesse et de discernement. Car finalement, au-delà de ces instrumentalisations, que mesure t-on depuis Villepinte ? On observe d’abord une légère remontée de Ségolène Royal (mesurée par BVA et Ipsos), liée à une meilleure mobilisation des sympathisants de gauche sur son nom. Ce n’est pas massif mais le mouvement de démobilisation du mois de janvier est clairement enrayé. Cette remobilisation relative ne suffit pour autant, et pour l’instant, à enclencher une véritable dynamique. Pour espérer changer de braquet, Ségolène Royal doit relever à notre sens relever trois défis :

 

  1. Accroître la mobilisation de l’électorat PS sur son nom. 66% des sympathisants socialistes expriment aujourd’hui une intention de vote en sa faveur au premier tour. C’est mieux que ce que recueillait Lionel Jospin à une époque similaire en 2002 mais cela reste encore loin de l’excellente assiste de Nicolas Sarkozy sur l’électorat UMP (85%). Là est probablement la marge la plus facile à conquérir pour la présidente du Poitou.

  2. Creuser l’écart chez les jeunes. Traditionnellement, on le sait, l’électorat âgé – qui pèse d’ailleurs de plus en plus au sein de l’électorat français, est majoritairement acquis à la droite. Ségolène Royal doit donc compenser par une mobilisation sans faille de la jeunesse en sa faveur. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, puisque elle ne devance que d’assez peu Nicolas Sarkozy sur ce segment.

  3. Reconquérir les classes populaires. On se trouve là désormais face au défi classique du PS à chaque élection depuis une dizaine d’années, accru par le fait que Nicolas Sarkozy y tient des positions inhabituelles pour un leader de droite. Aujourd’hui, il réalise au sein de ces couches sociales de meilleurs scores que Ségolène Royal, et Jean-Marie Le Pen (40% par exemple chez les titulaires d’un CAP-BEP contre 19% pour Ségolène Royal et 17% à Le Pen). Seule une inversion forte de tendance au sein  de cet électorat pourrait encore modifier un rapport de force aujourd’hui clairement favorable au candidat de l’UMP.

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17:59 Publié dans Le Fil | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : royal, sondages

vendredi, 02 février 2007

Le paradoxe Le Pen

Tous les indicateurs montrent que Jean-Marie Le Pen reste sur une dynamique politique favorable. Plus d'un Français sur quatre se dit «d'accord avec ses idées». Mesuré aujourd’hui entre 11% et 14% dans les intentions de vote, il atteint des niveaux supérieurs à ceux enregistrés en janvier 2002 (entre 8 et 11%). Dans la lignée des élections de 1988 (14,4%), 1995 (15%) et 2002 (16,9%), il devrait une nouvelle fois faire un bon score, entre 15 et 20%. Ce dernier chiffre constitue toutefois un plafond difficilement dépassable, comme en témoigne le second tour de 2002 (17,8%).

Or ni Ségolène Royal ni Nicolas Sarkozy ne semblent courir le risque de tomber sous ce seuil de 20%. Chacun dispose en effet au sein de son camp de soutiens beaucoup plus fermes et élevés que ceux dont disposaient Lionel Jospin et Jacques Chirac à l'époque. Avec des intentions de vote entre 32% et 35%, soit quasiment le total des voix Balladur et Chirac de 1995, Nicolas Sarkozy bénéficie d’une mobilisation de et d’un niveau d’adhésion sans comparaison à ceux de 2002. Le candidat UMP capte en outre aujourd’hui plus de 20% des électeurs lepénistes dès le premier tour, amputant le leader frontiste d’une partie de ses ressources.

Malgré le "trou d’air", Ségolène Royal reste à des niveaux jamais atteints par Lionel Jospin (de 26 à 29% contre 22-24%). Même avec la candidature de Bové, les désistements de Taubira et Chevènement limitent la dispersion. En outre, la mémoire du 21 avril et «l’effet remords» qui en découle, devraient jouer en faveur d’un vote utile dès le premier tour.

En somme, et à deux mois et demi du scrutin, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal captent à eux deux plus de 60% des intentions de vote (Jacques Chirac et Lionel Jospin n'en recueillaient que 48% en janvier 2002, et 36,7% le jour du scrutin). A moins d'un événement de campagne imprévisible et destructeur pour l'un des deux principaux candidats, anticiper la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour peut être un argument politique de mobilisation, mais en aucun cas résulter de la lecture des sondages pré-éléctoraux.

•• Notre prévision : Jean-Marie Le Pen ne sera pas au second tour de la présidentielle ••

 

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