Avertir le modérateur

vendredi, 20 avril 2007

Dimanche, on vote...

Et voilà. Des mois qu'on se triture les méninges pour certains, qu'on milite pour d'autres. Qu'on débat, qu'on soupèse. En ligne, entre amis, au détour d'un marché, d'une réunion. A un point qui devient presque assourdissant.

Malgré la lasstitude, la vraie fatigue, je voudrais revenir sur quelques éléments de cette campagne en ligne. Pas un bilan, non, juste des coups de coeur, des espoirs, des envies, des frustrations. J'avais vécu la campagne de 2002, en ligne, comme un spectateur attentif mais peu impliqué outre quelques espaces particuliers. J'ai vécu 2007 au coeur, dans une pression et un volume un peu fou.

J'en retiens une immense frénésie, une abondance folle d'initiatives. J'ai fait le compte de mes emails. Plus de 3000 notifications de nouveaux sites, blogs, billets, initiatives, communiqués (sans compter les communiqués de presse des grands partis). Des centaines de sites ont éclôt. On peut gager que peu auront trouvé un succès immense ou un bel écho, mais que tous auront eu des petites responsabilités dans des choix individuels et des réflexions sur le vote. C'est ça, la longue traine : l'immense foule des petits comptes parfois plus que les quelques "gros", dans cette abondance.

Cette frénésie est une fantastique illustration de ce qu'est devenu l'internet : une économie de l'abondance. Je reste déçu du manque d'endroits où l'on parvenait à hiérarchiser, classifier, mettre en valeur, par des mécanismes innovants ou des choix éditoriaux clairs, ce qui se passait. La course à la news, au scoop, au relais de la dernière vidéo a souvent gagné ceux qui auraient du être des guides et des validateurs, des personnes ou des lieux qui aident non à répertorier tout ce qui se fait, mais à trier et sélectionner. J'ai trop vu mille fois les mêmes vidéos partout, les mêmes argumentaires. Souvent jusqu'à la nausée.

La solution, dans ce cas, est le repli là où ça ne se passe pas sous les projecteurs. Le "je garde pour moi". Sous le feu nourri, j'ai pris plus de plaisir, finalement, à lire d'excellents articles et de vraies révélations chez des blogueurs qui avaient peu d'audience et étaient moins exposés que les autres. Se retrouver, comme il y a deux ou trois ans, dans des endroits où les médias n'ont pas accès, où les militants se font rares, où la qualité est préservée... Je pense à certains blogs d'économistes, qui n'ont pas été poussés sous les feux de la rampe. J'ai dégusté leurs billets avec délectation, et le plaisir de ne pas être noyé dans la masse, en plein coeur de cette matrice à faire de l'actu qu'a été l'Internet. Allez, je vous en livre un : Etienne Wasmer se révèle un blogueur passionnant, autant qu'il était déjà un économiste que je respectais. S'il vous plait, n'en faites pas une blogostar !

A coté des sérieux, j'ai parcouru, par périodes, les sphères militantes. J'y ai vu beaucoup d'énergie, eu la révélation de ces échanges incroyables de désirs d'avenir, qui resteront un des véritables phénomènes, à analyser, de cette campagne. Mais je goûte peu le militantisme et l'acharnement à croire. Je n'y suis pas beaucoup resté.

Enfin, j'ai été déçu du manque de créativité dans la satyre et dans la parodie. La vidéo, finalement, est un métier. Produire des contenus qui touchent, ça demande du talent, et il n'est pas forcément répandu. Je m'attendais à une plus grande émergence de talents. Finalement, celui qui a fait mouche a été presidentielles.net, par une équipe qui nous faisait déjà tous rire en 2002. Il y a eu Magne & Viard, qui, pour le coup, furent les révélations. Ipol et son impertinence pertinente. Quelques vidéos éparses ont fait rire avec justesse. Mais de masse de créations nouvelles, d'émergence de talent, point trop.

Drôle de campagne que celle où l'on se retrouve, à moitié malgré soi, plongé au coeur. Fantastique opportunité de rencontres, aussi, parfois trop furtives, tant ça tourne. Rencontres de blogueurs, de militants passionnés ou lucides, de journalistes en train de réinventer leur métier, d'hommes politiques qui osent.

Dans quelques semaines, on ne va pas rentrer chez nous. On va certes remballer tracts, vidéos militantes et affiches. Le boulot va reprendre dans un autre mode. Nous garderons malgré tout de sacrées traces de cette "première vraie netcampagne". Des amis, des découvertes, des enseignements riches pour la suite.

medium_versac.4.jpg

 

PS : un petit message pour remercier l'équipe de 20minutes.fr de m'avoir invité à blogueur ici, et les prier de m'excuser de mon intermittence sur ce blog. Enseignement : il est dur de maîtriser et publier sur plusieurs supports à la fois quand ce n'est pas son métier... Merci. Et bravo pour ce qui est en train de s'inventer sur 20minutes.fr.

20:15 Publié dans Versac | Lien permanent | Commentaires (42)

mercredi, 07 mars 2007

Webtélés des candidats : trois approches symptomatiques

Pendant qu'en France, on parle de l'élection dailymotion, les Etats-Unis sont en train de préparer, pour l'année prochaine, l'élection youtube. Jeff jarvis a décidé de suivre cet aspect de l'élection de près à travers un blog dédié, prezvid.  Il y suit l'actualité de l'usage de la vidéo en campagne, et la met en perspective d'usage, dans un espace de veille passionnant.

Pendant ce temps, en France, on voit plusieurs stratégies à l'oeuvre dans la campagne française :

Une volonté de contrôle total de l'agenda et du ton par Nicolas Sarkozy, avec sa NSTV qui fleure bon les années 80, une sorte d'ORTF du web. Volonté de contrôle d'une "vraie chaine de télé", qui est tempérée par la créativité et la volonté de jouer au journaliste fait parfois débarquer des petits couacs dans une machine de communication ultra huilée (pourquoi montrer ainsi l'équipe de jeunes loups de l'entourage de Sarkozy ? Pourquoi cette chaîne libre cours dont certaines vidéos font penser à des canulars ? Pourquoi créer ce drôle de truc, le jour jeune ?), Le format est celui de l'embedded, des coulisses, dans le souci de créer une sorte de connivence avec le spectateur. Spectateur seulement : le candidat ne parle pas directement sur NSTV, il est suivi par des journalistes, intermédié, observé, raconté par des tiers. On montre son équipe, ses locaux, ses déplacements. Il est étonnamment absent de NSTV, désincarné, le spectateur n'y a pas non plus beaucoup de place, de pouvoir. Aspect intéressant, à suivre, les décryptages et la chaîne sur la recherche, contenus rébarbatifs sur la forme, mais qui apportent du débat, du fond dans une chaîne très "publi reportage". Bref, un OWTNI (objet web télévisuel non identifié).

Coté Ségolène Royal, ce sont aujourd'hui surtout les images officielles qui circulent (plus que les vidéos de Nicolas Sarkozy, semble-t-il). On retrouve, géré par des militants, le site segolene-video, qui reprend tous les passages media de la candidate et les grands discours (il en existe de multiples clones, qui créent un effet d'écho sur le web). Assez peu de reportages en propre, à part ceux, au style étonnant, de FatCat Films, caméra épaule et premiers plans flous, comme pour les fameux voeux web de la socialiste (ça parait déjà si loin !). On attend, il parait, une grande série de petites vidéos qui mettrait en scène les cent propositions. On attend, on attend. Cent vidéos, en six semaines ? La vidéo chez Ségolène Royal, c'est l'inverse de NSTV : peu de contenus propres, pas d'hébergement centralisé. J'émets peu, je limite les contenus à mes discours, et je vous laisse diffuser de proche en proche. Cohérent avec le positionnement "miroir des désirs" et "autonomiste" de la candidate.

Chez Bayrou, sans grand étonnement, on est dans l'entre deux, dans une troisième voie. Le candidat a sa web télé, mais c'est une télé où il privilégie la parole directe, sans interlocuteur. Reportages de campagne non majoritaires, pas de "coulisses", mais plus d'évocations directes de sa personne et de ses propositions, par lui-même. Il tente donc d'abolir les frontières et de parler directement, ce que Ségolène Royal n'a fait que lors de ses voeux, et que Nicolas Sarkozy ne fait pas, s'adressant toujours à travers l'intermédiaire d'un Frèches ou d'un La Brosse. Il est, de ce point de vue, dans un registre plus proche de la web télé de David Cameron, dans une continuité certaine, également, de son positionnement d'homme sans intermédiaires. Notons que François Bayrou est pour l'instant le seul à tenir des tribunes, derrière son bureau, pour expliquer ce que sont les éléments de son projet aux internautes, "en exclusivité".

Je passe sur la télé de Jean-Marie Le Pen, qui fleure bon les années 60 (tout est fait en studio) ou le traitement intégral des meetings par les verts (qui ont diffusé un clip de campagne que je trouve raté). 

Les télés des candidats en disent beaucoup sur leur approche, leur positionnement. Un patron à l'agenda suractif, une candidate qui se retranche derrière la mobilisation de ses supporters, un homme qui se place directement face au peuple.

Reste à savoir ce que veulent les Français, ou, à tout le moins, les internautes.

medium_medium_versac.3.2.jpg

lundi, 26 février 2007

Bayrou : le décollage a eu lieu

Un petit schéma vaut mieux qu'un long discours : 

medium_bsr.gif

(vous voyez la montée de la courbe bleue ?) 

Ceci-dit, un petit discours s'impose, surtout en prolongation d'une note publiée il y a quelques semaines sur ce blog, où je notais un frémissement pour le moins léger en faveur de François Bayrou dans les discussion qui émaillaient les espaces sociaux en ligne, et l'absence de ralliements (certains ont eu lieu depuis). 

Ce joli graphique indique, jour après jour, le nombre de billets publiés sur des blogs incluant les termes "françois bayrou" (bleu), "ségolène royal" (orange) et "nicolas sarkozy" (vert). L'outil de mesure est blogpulse, mais on peut également se référer à d'autres outils, tels que le tendançologue, sur l'observatoire de la présidentielle. Ils indiquent une évolution proche.

Tous les outils convergent : on parle, en ligne, désormais presque autant de Bayrou que des deux autres candidats. Le rapport n'est pas encore celui d'une égalité de traitement par les internautes, mais, pour simplifier, là où 100 blogs parlent de Sarkozy ou de Ségolène, on monte, hors exceptions, à 70 pour Bayrou, contre un rapport de 100 à 15/20 il y a trois semaines.

Le décollage a donc eu lieu. Il date de début février. Auparavant, c'était le calme plat, ou presque, sur le candidat centriste (le frémissement est très léger entre le 15 et le 30 janvier, et le même mouvement est perceptible chez tous les candidats : c'est l'élection en soit qui prend de la part de bruit médiatique, Bayrou voit même sa "part de marché " baisser).

Thierry Crouzet voit dans ce décollage le symbole de la victoire du 5ème pouvoir, qui impose son candidat à la société médiatique :

"Cette idée il ne l’a pas imposée, il l’a juste semée. Le cinquième pouvoir s’en est emparé, il l’a diffusée lentement. Aujourd’hui, elle remonte par percolation comme l’eau dans une cafetière, elle finit par atteindre la surface, et les Ségo-Sarko comme les médias ne peuvent plus l’ignorer. Alors ils la répètent, la consolident. Mais elle n’est pas née grâce à eux, elle n’a pas été calculée par eux mais par le cinquième pouvoir lui-même."

Difficile de dire qui est l'oeuf et la poule, dans l'émergence de Bayrou ces trois dernières semaines, entre le supposé cinquième pouvoir que constitueraient les internautes, nouvelle force autonome, et les media et faiseurs habituels d'opinion. Thierry en fait un élément de démonstration de la révolution qu'il chronique dans son livre et qu'il promeut depuis des mois. Je reste pour ma part dubitatif.

D'une part, les internautes, selon tous les outils de mesure dont on peut disposer, parlaient nettement moins de Bayrou que ne peut le supposer son poids électoral (il était 5  à 6 fois moins présent que les deux leaders). Tout juste pouvait-on noter, qualitativement, une sensibilité croissante au candidat centriste dans quelques espaces relativement visibles, et peut-être pionniers, des discussions politiques. C'est faible. Rien ne permet de dire que les internautes onteffectivement diffusé la graine Bayrou, que la plante a germé, avant que les media ne viennent l'arroser.

Car les media ont copieusement arrosé la graine : ce sont manifestement les sondages de la fin janvier qui ont généré l'explosion. Entre le 20 et le 30 janvier, plusieurs sondages montrent une progression de François Bayrou, qui, fait nouveau, passe devant Jean-Marie Le Pen. La presse s'empare alors de son maronnier de chaque janvier de présidentielle : le troisième homme. Les couvertures s'affolent, et Bayrou fait la une des media : l'hypothèse du troisième homme devient crédible, et, peu à peu, surtout la semaine dernière, l'hypothèse d'arrivée au second tour de François Bayrou devient un sujet de conversation majeur, même chez les internautes. La plus forte progression de Bayrou dans les discussions correspond à la semaine où il est très fortement exposé médiatiquement (A vous de Juger, France Europe Express...) en télévision.

Le fameux "cinquième pouvoir" est peut-être responsable, partiellement, du gain initial de quelques points dans les sondages, du passage de 7 à 8 ou 9%, à la faveur d'un discours fortement orienté dans le sens, le thème, les valeurs de ces internautes actifs (critique des media). Rien ne le prouve, mais on pourrait l'imaginer. Reste que le décollage réel, celui qui fait de F. Bayrou aujourd'hui une alternative crédible, répond à une logique proche de celle de l'apparition de S. Royal il y a plus d'un an : par un jeu d'emballement médiatique fondé sur quelques sondages d'opinion, sur un personnage dont le discours ou le positionnement est manifestement susceptible de remporter une adhésion. 

De quoi rester encore modeste sur le poids et l'influence des blogs et des internautes dans le jeu politique... En tout cas comme initiateurs de mouvements de fond. Ils sont en revanche de fantastiques relais réactifs à l'actualité médiatique.

 

medium_medium_versac.3.2.jpg

lundi, 19 février 2007

La présidentielle sur Second Life : a-t-on atteint le fond ?

Second Life (pour ceux qui l’ignoreraient encore, un jeu de « réalité virtuelle », comme l’indique son nom) est le nouveau phénomène médiatique du moment. Depuis que Ségolène Royal y a ouvert un « comité virtuel », peu de temps après le Front National, la communauté française s’est élargie jusqu’à devenir la seconde de ce monde virtuel.Depuis quelques semaines, je me balade donc, au gré de mon temps libre, dans les espaces de Second Life . J’y ai goûté les joies de la politique en 3D sous avatar, avec l’objectif de tenter de comprendre si ce nouvel espace d’échange apporte quelque chose à la campagne d’autre qu’un gadget étonnant.Pour qui est un vieil habitué des échanges numériques, Second Life fait un peu penser aux premiers newsgroups des années 90 : tout le monde passe par là, peut venir ajouter son grain de sel, troller, pourrir le moindre échange qui commence à se structurer, et il y a presque une prime aux terroristes et manipulateurs.


medium_NUAGEfn1.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le siège du FN a ainsi été l’objet de manifestations très violentes à la mi janvier. Des anti fascistes ont bravé toutes les règles habituelles d’antiviolence de cette simulation de réalité pour tenter de décourager le parti de Jean-Marie Le Pen d’y rester. Achat de tous les terrais adjacents, pollution par l’envoi de « ballons » volant pour occuper l’espace de la permanence : le genre de choses que l’on peut faire dans cet univers virtuel, pas dans la vie réelle. Le FN est parti, puis revenu. L’oppression a recommencé. Les choses semblent s’être stabilisées : on ne peut plus accéder à la permanence qu’en s’y téléportant, mais les pollutions de militants anti-FN semblent être plus réduites depuis quelques jours. 

medium_chezsego.jpg

 

Il faut dire que les comportements violents ne sont pas l’apanage des anti-FN. Un jeune sympathique militant du FN pollue le siège de son propre parti avec des affiches volantes pour un candidat du … FN ! J’ai récemment croisé un jeune militant, portant message de soutien à Nicolas Sarkozy sur son T-shirt, qui envoyait des « ballons » représentant Ségolène dans une boite de vache qui rit en direction de la permanence virtuelle de Ségolène Royal. Il venait, m’a-t-il expliqué, de se faire exclure de la permanence pour comportement irrespectueux et m’a avoué envoyer ainsi des « ballons » depuis plusieurs dizaines de minutes.
Pas un instant ces militants ne se comporteraient ainsi dans la vraie vie (et on ne les y autoriserait pas : imaginez entrer dans le QG de Nicolas Sarkozy avec un drapeau socialiste à la main). L’anonymat, la facilité, l’automatisation ouvrent aux excès et parfois à la bêtise. Second Life manque de règles, de polices, et son équilibre repose sur un consentement mutuel des participants.

Depuis quelques jours, le calme revient. L’irruption de la politique française sur Seond Life a fait du bruit, plutôt en négatif. Espérons que les deux prochains mois de campagne montreront au contraire des pratiques innovantes et un peu plus responsables.

J’y reviens dans un prochain billet.

 

medium_medium_versac.3.jpg
 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu